Une relecture originale et intelligente du règne de Charles IX

Avis sur Charly 9

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D'abord l'album ne s'intitule pas Charles IX mais Charly 9; on comprend d'ores et déjà qu'on ne va pas lire un roman graphique historico-historique, mais qu'au contraire, on entre dans une relecture du règne d'un des monarques les plus atroces et emblématiques de France. Outre la sanglante nuit de la Saint Barthélémy, Teulé propose au lecteur d'être témoin d'événements comme l'uniformisation du calendrier en France, ou bien l'amène aux origines du Poisson d'Avril et du Muguet du 1er Mai, mais aussi il lui permet de côtoyer Ronsard, Ambroise Paré, Côme Ruggieri, la future reine Margot et bien d'autres contemporains de sa majesté.

De l'horreur de la nuit du 24 août 1572, Guérineau refuse la solution bavarde de dessiner le massacre, il fait le choix de ne présenter qu'une planche noire, on n'en verra que les effets; le résultat est d'éviter le spectaculaire pour une sobriété toute aussi éloquente. Le scénario se sert de l'intelligence et de la connaissance historique du lecteur: la première case par exemple, où le roi stupéfait croit ne devoir permettre le meurtre que d'une seule personne; le lecteur a déjà un temps d'avance sur lui, et va voir d'autant mieux les grosses ficelles employées par Catherine de Médicis agissant en marionnettiste cynique. Les épisodes du court règne sont intelligemment choisis, de sorte que la folie du protagoniste principal va apparaître progressivement évidente, de l'épisode des pièces d'or échangées à un alchimistes contre des pièces de fer, à une chasse aux lapins, puis à l'âne et enfin au cerf...

Du point de vue de la langue, on opte pour un langage du XXIème siècle (mais sans anachronisme) sans doute pour rompre avec la distanciation inévitable dans tout roman historique. C'est efficace. Teulé se permet néanmoins de conserver certains éléments de langage du XVIème siècle (les jurons, les surnoms etc.)

Visuellement, et c'est ce qui m'avait retenu d'acheter l'album, je ne voyais pas d’authenticité dans le trait; néanmoins le découpage du story-board est intelligent, efficace. Guérineau ose, il se permet des clins d’œil inopinés à Johan & Pirlouit et à Lucky Luke. Graphiquement enfin, même si ce n'est pas très original, c'est fluide, c'est expressif, et de nombreuses très bonnes idées sont élégamment mises sur papier.

On ne saura jamais vraiment si le roi somatise le tourment dans lequel sa funeste décision de 1572 l'a conduit, ou bien si c'est l'empoisonnement de sa Médicis de mère, toujours est-il qu'il baignera littéralement dans le sang sa fin de règne durant, jusqu'au jour de ses obsèques qui vireront au pugilat général.

On est bien loin de la Renaissance lumineuse du règne de François Ier, pourtant son grand-père.

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