Des hommes tels que j’aimerais être…

Avis sur Coke en stock - Les Aventures de Tintin, tome 19

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J’ai appris à lire dans Tintin, à rire avec Astérix. J’ai remisé mes Tintin et collectionné les Astérix. Puis, l’âge venant, le petit guerrier gaulois me lassa et je repris mes anciennes bandes dessinées. Le toujours jeune reporter n’avait point vieilli. Il m’attendait. Au risque de passer pour pédant, paraphrasons La Bruyère. Goscinny peint les hommes comme ils aimeraient être ; Hergé les peint tels qu'ils sont (ou devraient être).
- Astérix est indiscipliné et joyeux, gouailleur et intrépide. Détaché de toutes contraintes financières ou familiales, il saisit le moindre prétexte pour partir à l’aventure, 37 à ce jour, et jouer du coup de poing. Il possède un toit, un ami, des potes pour picoler le samedi soir… Sans oublier une potion magique qui lui procure une force inouïe et la capacité d’endosser, sans risques, le rôle de redresseur de torts. Les grincheux estimeront qu’Astérix triche, les autres qu’il ne fait que récuser les règles habituelles du jeu. Astérix est malin, c’est notre super héros.
- Tintin ne triche pas. Courageux, il ne fuit par la bagarre, mais privilégie la négociation et l’esquive. Tintin a un métier, il enquête et écrit. Sérieux, il négocie ses notes de frais avec un rédacteur en chef. Il paie un loyer, des impôts, une mutuelle. Ses enquêtes se succèdent, mais les aventures se font rares.

Et, s’il ne fallait en choisir qu’un album.
- J’aime les avions et les bateaux. Coke en Stock regorge de machines volantes et flottante.
- J’aime les seconds rôles familiers. Coke en stock les multiplie. Ils sont tous là. Rastapopoulos, Oliveira da Figueira, J. M. Dawson, le général Alcazar, le Dr Müller, Bianca Castafiore, Allan, Ben Kalish Ezab, Abdallah et Bab El Ehr, l’insupportable Séraphin Lampion et un nouveau, le vieux mercenaire, bientôt repenti, Szut.

Tintin et Haddock enquêtent sur un trafic d’armes de guerre en Amérique du Sud. Leurs investigations les conduisent au Moyen Orient, où leur pote émir vient d’être renversé par un cousin belliqueux. L’histoire est croquignolesque. Le souverain est entré en conflit avec une compagnie aérienne à la suite d'un caprice d'Abdallah, son tumultueux fils, qui exigeait que les avions de ligne enchainassent des loopings avant de se poser. L'Arabair refusant de céder, l'émir se serait engagé à révéler au monde entier le trafic d'esclaves auquel elle se livrait. Le rythme est trépidant. Décollages et accidents, appareillages et coups du sort s’enchainent sans temps mort, mais sans grande logique. Le scénario ne brille pas par sa cohérence. Hergé est fatigué, il a livré dix-neuf albums en 28 ans. Il ne produira, lors des 25 années suivantes, que quatre histoires complètes.

Tintin se déguise, pige vite et tire toujours juste, essayez d’abattre un Mosquito d’une courte rafale tirée d’une felouque ballotée par la houle… Le capitaine Haddock n’a rien perdu de son autorité marine. Tout au plus manque-t-il un peu de patience :

- On veut pas être esclaves, nous. On veut simplement aller à La Mecque.
- C’est entendu, je le sais. Mais je vous répète que si vous y allez, vous serez vendus comme esclaves. Est-ce cela que vous voulez ?
- Non, M’sieur, pas esclaves. On est des bons Musulmans. On veut aller à La Mecque.
- Mais, mille millions de mille sabords ! je me tue à vous répéter que si vous y allez, vous serez vendus comme esclaves. C’est clair, oui ou non, tonnerre de Brest !?!...
- Pas crier, cap’taine. Nous, on veut simplement aller à La Mecque.
- Eh bien ! espèces de têtes de mules, allez-y donc, à votre Mecque !... Mais vous rester là-bas pour toujours !... Vous plus jamais revoir pays natal !... Plus jamais revoir famille !... Vous toujours esclaves !... Voilà ce qui vous pend au nez, bougres d’ectoplasmes à roulettes !!
- Nous, on est pas des ectoplasmes à roulettes, M’sieur. On est des bons Musulmans. On veut aller à La Mecque.

Trois remarques. De petites causes entrainent parfois de grands effets. L’émir ne semble pas outré par la marchandisation des êtres humains. Rastapopoulos a pris du poids, fini les trafics locaux d’opium, le voilà à la tête d’une multinationale dotée d’une armée privée, l’argent peut tout !

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