De l’indécision en milieu victorien

Avis sur Destins - Peter Pan (Vents d'Ouest), tome 6

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J’ai découvert les Peter Pan de Loisel au début de mon adolescence. Il n’y avait encore que quatre volumes, publiés en six ans. À la parution du cinquième, je les avais perdus de vue – et mon adolescence touchait à sa fin. Trouver le sixième dans une édition qui ne dépareillât pas la série m’a permis de tout (re)lire d’une traite. (Et de constater que le dessin n’a pas évolué, en quatorze ans. En l’occurrence, j’aime bien : ça donne de la cohérence à l’ensemble.) Entre-temps, j’ai re-relu plusieurs fois la série, notamment pour donner un peu de consistance à mes critiques.
Dans l’épisode précédent, Crochet – et les lecteurs – apprenaient qu’il était le père de Peter. Cette partie de l’intrigue ne se poursuit pas dans Destins, mais croire qu’elle se termine en eau de boudin serait une erreur. Le capitaine reçoit la visite de son fils (planche 23) : celui-ci vouvoie celui-là, qui le qualifie de « bâtard » – tout comme sa mère le faisait dans le premier volume… Les ponts sont définitivement coupés entre eux, le Peter qui ne veut plus rien avoir à faire avec les adultes est né.
Qu’un enfant se définisse comme le « cauchemar à tout jamais » de celui qui l’a abandonné – et qu’il a amputé ! – est une conclusion qui en vaut bien une autre. (Peter sait-il qui est son géniteur ? C’est peu probable. Est-ce que ça changerait quelque chose ?) Elle laissera sur leur faim les lecteurs qui aiment les fins nettes – les enfants ? – et permet de retrouver, avec les bas-fonds de Londres, la noirceur qui faisait des deux premiers volumes des albums à ne pas mettre entre des mains trop jeunes. Dans le même ordre d’idées, Clochette prend une autre dimension.
Pour le reste, Destins, contrairement au destin, ne tranche pas, et laisse le lecteur se faire son idée : au merveilleux – aussi sombre fût-il, c’était du merveilleux – des cinq premiers tomes s’ajoute ici du pur fantastique.
Pour cause, je ne sais toujours pas si Destins m’a vraiment plu. Prenons la mort de Rose : s’agit-il du sacrifice, par l’auteur, d’un personnage qui depuis son arrivée n’était là que pour ça, et alors d’un point de vue scénaristique c’est une trouvaille qui décoiffe ? Ou bien cette mort est-elle vraiment censée être émouvante, et dans ce cas-là c’est une excellente erreur ? J’eusse aimé que la première option fût la bonne, je crains qu’il faille retenir la seconde.
Au bout de quatorze ans, j’en aurais eu assez de faire la même série ; je crois que Loisel en a eu assez, d’ailleurs.

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