Il était une fois dans la décharge

Avis sur Gunnm

Avatar Albator_Larson
Critique publiée par le

Gunnm ou Ganmu à la Japonaise pouvant se traduire par rêve d'une arme, est un manga Cyberpunk de Yukito Kishiro qui fut publié au japon au début des années 90. En France, il fut publié par Glénat et compilé en 9 tomes.

Le manga fut un tel succès, aussi bien d'estime que commercial que l'auteur pu lui offrir deux suites : Gunnm Last Order reprenant la fin que l'auteur voulait et la nouvelle série Gunnm, Gunnm Mars Chronicle toujours en cours de publication.

Ainsi que des one-shot tel que : Ashman qui se concentre sur le motorball et que l'auteur décrit comme : « Un chant poétique sur l'absolue détresse, la colère, et un peu d'espoir. »

Et Gunnm : Other Stories, un recueil d'histoires courtes dans l'univers de Gunnm qui clarifie tous les points noirs du manga.

Gunnm nous conte un monde dystopique post-atomique où la plupart des êtres humains sont cybernétisés, ce fameux monde est à sa surface un désert où une grande partie des survivants habitent à Kuzutetsu, autrement dit, la décharge !

Elle tire son nom du fait qu'elle se cache en dessous d'une cité du nom de Zalem qui cacherait les derniers êtres à 100 % organiques et qui déverse quotidiennement ses déchets sur Kuzutetsu en ne se privant pas pour exploiter ses habitants via des usines.

C'est dans cette décharge que nous découvrirons Ido, un cybernéticien qui en fouillant au sein des déchets en quête de pièces détachées, trouvera les restes d'un cyborg féminin encore en vie !

Il lui fera un corps digne d'une jeune fille nous offrant en même temps notre personnage principal : Gally !

Elle se découvrira très vite un don inexpliqué pour le combat et se décidera donc à devenir chasseuse de primes (ou Hunter Warrior) afin d'aider Ido.

Le problème est que Gally n'a aucun souvenir de ce qu'elle a fait précédemment dans sa vie la poussant à sans cesse être en quête de sa " réelle " identité !

Gunnm est un pilier du Cyberpunk, se basant sur Metropolis de Fritz Lang incarnant la lutte des classes, Akira pour l'ultra violence, les limites de la science et la crasse de l'univers ainsi que de la société en général, Blade Runner pour la condition humaine et enfin GITS pour la cybernétique tout en parlant de la quête de soi.

À l'instar de Kenzo Temna de Monster, Gally va avoir à se frotter à ce qu'il y a de pire dans l'humain et le manga nous pose cette question tout du long des premiers tomes : est-ce que Gally restera pur ou le monde la pervertira et la dévorera de l'intérieur pour la faire devenir comme les pires personnes de la décharge ?

On pourra également voir en Gally, un modèle de personnage féminin des plus convaincants, détruisant à elle toute seule, les clichés sur les héroïnes de manga au Japon sexualisé selon nos chers démagogues français toujours en recherche de moyens de cracher dans la soupe.

Son développement ne sera pas s'en rappeler Nausicaa de la Vallée du Vent, qui au début du récit, est naïve quoique volontaire, son voyage la complexifiera devant son monde autodestructeur empli de pessimisme sans pour autant oublier les notions d'espoir en continuant à faire confiance en l'être humain malgré toutes ses erreurs, car il peut justement reconstruire le monde grâce à des personnes comme Nausicaa.

Les autres personnages ne sont pourtant pas en reste, en effet, Ido en est le premier exemple, il donnera à Gally son nom en hommage à un chat errant qu'il avait recueilli, il ne sera pas compliqué de lui trouver une ressemblance avec Dr. Slump qui créa une jeune androïde du nom d'Aralé qui fera naître une relation père / fille !

" Je ne sais pas si tu te souviens de ce que tu m'avais dit … que même si tu me donnais l'impression de changer, tu serais toujours "ma" Gally, je sais maintenant que tu disais vrai. Peu importe où la vie te porte, ce qu'elle t'amène à faire, tu resteras ma famille, dans mon cœur. "

Nous pouvons remarquer qu'à l'instar de Toguro de Yu Yu Hakusho, Desty Nova n'est pas juste un antagoniste cliché, mais qu'il a une mimique d'apparence aussi simple qu'être un féru de flan, mais qui est si fraîche avec des dialogues qui de premier abord ne paraissent que comme des moyens de torturer les personnages, mais qui leur démontrent ainsi, une certaine sympathie pour les éloigner de la vérité qui a rendu fou tant de personnes ...

Pour Desty Nova, le docteur Folamour (et ses inspirations Edward Teller, un des inventeurs de la bombe H et Wernher Von Braun le créateur des missiles V1 et V2) ainsi que Nikola Tesla semble être les grandes inspirations de son personnage aussi déjanté que passionné de mise en scène afin de mettre du piquant dans sa vie.

Le manga est également subversif dans ces heures les plus sombres comme avec le personnage de Buick, tueur en série qui se repentira de ses crimes en sauvant sans même le comprendre Koyomi d'une copie de Gally.

Même Desty Nova qui avec ces curiosités scientifiques a pris des hommes en pleine santé pour les transformer parfois en monstres dignes de films d'horreur de Carpenter, du fait qu'il a considéré son propre fils comme une expérience, il poursuit quelque chose qui lui permettrait de dépasser son statut d'androïde avec un corps organique et un cerveau synthétique, lui apporter un bonheur qui viendrait de la possibilité de se passer de la mort, travailler sur le karma jusqu'à détruire le principe d'entropie !

Les personnages ne sont jamais dans des situations violentes les uns envers les autres pour le bien du scénario, ce ne sont que des personnes d'une complexité rare, on peut voir les antagonistes avoir un lien parfois affectif avec Gally, mais, car ils ont des buts, pulsions à poursuivre, message à transmettre, etc., transgressent toutes les règles préétablies afin de faire ce qui leur semble "juste" (car certains antagonistes ne croient pas en une moralité bien-mal)

Les antagonistes sont d'ailleurs tous selon Yukito Kishiro, une partie de la personnalité de Gally !

Makaku, sa peur d'être rejeté, Zapan sa colère et son côté solitaire, Jasugun sa fierté et sa témérité, Den représente sa haine (en particulier celle de Zalem depuis la mort de Yugo), Desty Nova sa folie, etc.

Il y a beaucoup de parallèles à faire avec aujourd'hui en particulier sur la lutte des classes avec les gilets jaunes et la France Macroniste hautaine qui se croit trop complexe pour son peuple qu'il considère comme des gueux, élu sans programme par du bourrage de crâne qui est de plus en plus utilisé aujourd'hui poussant au fur et à mesure à s'habituer à lui et se dire qu'au final, il n'est pas si mal.

MGS2 gère beaucoup mieux le concept, contrôle de l'information, mais Gunnm a une profondeur telle qu'on ne peut omettre ce problème social !

La cité de Zalem elle-même, est basée sur Jérusalem !

Avec la cité spatiale de Jéru et la cité en surface de Zalem !

Elle joue l'effet de ville miroir avec la décharge, Zalem se place donc comme un paradis hors d'atteinte pour les habitants de la surface et la décharge, un enfer dont on ne peut s'échapper ainsi qu'un lieu où l'on ne veut pas finir pour les habitants de Zalem.

Dans Gunnm, nous avons deux visions qui s'affrontent celle de Descartes avec son Cogito Ergo Sum (que l'un, des personnages changera en "Je vis donc je tue"), je pense donc je suis, montrant qu'il peut douter de tout, sauf du fait qu'il doute, de ce fait, il pense donc il est, même si tout n'est qu'illusion sa conscience est bien réelle.

Avec la vision de Gilbert Ryle et Julien Offray de la Mettrie, qui parle du fait que l'esprit n'est pas dissociable du corps, car du moment que l'on prive un sens à une personne, elle finit par ne plus savoir ce que cela fait, de ce fait, si l'on prive un être humain de tous ces sens, comment pourrait-on être la même personne ?

Un certain romantisme peut être remarqué tout au long du récit, chose loin d'être fortuite, car le genre Cyberpunk a été défini par ses chefs de file (William Gibson, Bruce Sterling, etc.), de neuromantique (Neuromantic) basé sur le jeu de mots : New Romantic (nouveau romantique) et Neuromantic.

Yukito Kishiro nous fournit aussi en référence musicale comme : O Fortuna de Carl Orff ou encore Yes de Big Generator que chante Gally au Kansas Bar.

Le travail graphique de Yukito Kishiro est rempli d'attention particulière envers les choses qu'il retranscrit que ce soit au niveau des infrastructures, les pièces mécaniques, les armes, les vêtements, etc. tout cela pour participer à la contextualisation de son récit avec les bases du Cyberpunk qui pour citer Bruce Sterling " le courant cyberpunk provient d'un univers où le dingue d'informatique et le rocker se rejoignent, d'un bouillon de culture où les tortillements des chaînes génétiques s'imbriquent. "

Le trait est parfaitement maîtrisé alors que l'auteur n'avait que 24 ans quand il commença Gunnm !

Le découpage alterne entre séquençages de l'action carrée participant à la froideur de l'univers dépeint avec des pleines pages en début de chapitre nous offrant un point d'ancrage pour la suite du récit tout en profitant de moment plus posé, le temps d'un instant dans ce monde post-apo où le danger est à chaque coin de rue.

La mise en scène devient bien plus complexe dans les scènes d'action avec un découpage très cinématographique l'éloignant de ce que l'on peut avoir d'habitude dans le paysage du manga japonais se rapprochant de Miyazaki et le Voyage de Shuna ainsi que Nausicaa !

Cet aspect plus occidental peut aussi être trouvé dans les chara-design en particulier celui de Gally qui a une bouche et des yeux directement inspirés de l'école d'Osamu Tezuka qui prendra en réalisme au fur et à mesure de sa vie participant à l'aspect voyage initiatique et la quête de soi.

Les compositions quant à elles, ont beau être assez chargées, le tout reste toujours très lisible grâce à un travail sur les contrastes et sur les angles de vue sans jamais se perdre dans l'espace et garder le dynamisme et la force évocatrice des différentes scènes.

Le personnage principal 10/10

Characterisation: 5/5
Développement: 5/5

Les personnages secondaires: 10/10
Characterisation: 5/5
Développement: 5/5

L'intrigue: 24.25/25

L'exposition (la présentation du sujet et du contexte): 5/5
L'introduction: 4.75/5
Le conflit: 5/5
Conclusion: 4.5/5 (l'épilogue est certes dépêché, mais niveau enjeu, conclusion d'arcs narratifs et retournements de situation, le dernier tome est loin d'être raté)
Rythme: 5/5

Le dessin: 19.5/20

La patte graphique: 4.5/5
Le trait: 5/5
Le découpage: 5/5
La composition: 5/5

Note finale: 9.81/10
Niveau d'appréciation global du manga: 10/10

J'ai lu pour la première fois, ce manga à 15 ans peu après Akira et se furent les deux mangas qui m'ont le plus marqué au fer rouge en ne faisant que renforcer ma passion pour le courant Cyberpunk !

Sa relecture fut des plus agréables et l'idée de quitter une nouvelle fois, Gally et les autres me donne envie de relire dès maintenant le manga, mais il y a d'autres œuvres à découvrir dont le labyrinthe des mystères n'a pas encore été exploré !

Pour conclure, Gunnm est un manga qui doit absolument faire partie de votre mangathèque si vous êtes fan de récits sombres et de l'univers Cyberpunk !

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1034 fois
7 apprécient

Albator_Larson a ajouté ce manga à 6 listes Gunnm

Autres actions de Albator_Larson Gunnm