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Jolies ténèbres par Hard_Cover

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Aurore organise un gentil petit goûter pour Hector, son séduisant prince charmant, lorsque le plafond se met à tomber. C'est la fuit de tous les occupants des lieux, la fuite dans la nuit noire, sous une pluie battante, au grand air, hors du corps douillet d'une fillette trépassée.
Autour du cadavre, les petits êtres doivent s'organiser, trouver à manger, s'abriter des dangers qui les entourent, aux aspects souvent inoffensifs. Une dure existence commence...

Les Kerascoët sont un couple de dessinateurs de bandes dessinées formé de Marie Pommepuy et Sébastien Cosset. On leur doit déjà Miss Pas Touche (en collaboration avec Hubert) et les dessins de certains albums de Donjon Crépuscule. C'est cette fois avec Fabien Vehlmann qu'ils s'associent pour livrer le one shot Jolies ténèbres.
L'idée de base de cette bande dessinée atypique est celui de livrer de petits personnages à des aventures autour d'un cadavre de fillette. Sinistre, me direz-vous ? Certes, horreurs, cruautés et ignominies se succèdent au fil des pages. Certes, il arrive des tas de choses aux héros qu'on n'aimerait pas connaître dans nos pires cauchemars. Mais malgré tout, Vehlmann et Pommepuy signent une mosaïque de petites histoires qui forment, au bout du compte, une fable émouvante, d'une splendide morbidité.
On est fasciné, en tournant les pages du bel objet qu'est l'album Jolies ténèbres, par le travail des Kerascoët. Le dessin naïf des personnages contraste considérablement avec les décors extrêmement détaillés. Les cases montrant le paysage autour de la fillette sont de toute beauté. Les auteurs ont soigné tout particulièrement les vues sur le cadavre, ce qui n'est pas sans renforcer le côté macabre de l'album. Les animaux qui parsèment les planches sont singulièrement réussis. Personnellement, j'aime beaucoup la souris, pour laquelle Marie Pommepuy et Sébastien Cosset ont pris comme modèle un petit rongeur qui, malheureusement mais non sans une certaine pertinence, n'a pas survécu à l'aventure Jolies ténèbres.

Outre le fait qu'on assiste petit à petit à la décomposition du corps de la fillette, la noirceur de Jolies ténèbres provient surtout des personnages. Ces derniers affrontent les mille dangers de la campagne environnante : insectes, oiseaux, prédateurs de diverses tailles, et caetera. Mais ils s'attirent les plus gros problèmes de par leur propre bêtise, ainsi que par la cruauté dont ils font preuve les uns envers les autres. Les petits acteurs de Jolies ténèbres n'ont aucune conscience du danger, du mal qu'ils font, des conséquences de leurs négligences. Livrés à eux-mêmes, ils sont mesquins, cruels et naïfs comme peuvent l'être tous les enfants. En tout cas, la conséquence est qu'il y en a peu qui survivent aux péripéties dont ils sont les acteurs. Les scénaristes se sont bien amusés à torturer leurs petits héros, les faisant mourir de façons toujours plus grotesques, effrayantes et désolantes.
Mais le procédé est d'une incroyable efficacité. Jolies ténèbres ne compte que deux personnages sympathiques : Aurore, aimable, prévenante, la main sur le cœur, et la mystérieuse Jane. Tous les autres se disputent tantôt le titre du plus idiot, du plus odieux ou du plus ingrat d'entre eux. Le lecteur sera sans doute satisfait par la fin de l'histoire qui voit malgré tout, bien qu'assez tristement, la gentillesse gagner.

Jolies ténèbres n'est pas pour tout public. Il faut apprécier l'humour noir. Il faut aimer les histoires sombres. Mais quiconque se laisse engloutir par les jolies ténèbres des Kerascoët et de Vehlmann aura bien du mal à rester insensible au talent des dessinateurs et à l'imagination fantatisque – et fantasque – des scénaristes.

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