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Avis sur L'Homme qui tua Lucky Luke - Lucky Luke vu par......

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Cela fait des mois que Matthieu Bonhomme me donne soif avec son teasing ; en effet, je le suis sur Facebook et le dessinateur a intelligemment fait sa comm' auprès des abonnés, en diffusant de temps à autre une petite illu, un crayonné, un test de couverture, les différentes étapes de couverture, extraits de planches, ... de quoi faire rêver, en somme !

Malheureusement, le résultat n'est pas à la hauteur de mes attentes. Le scénario, pour commencer, est relativement faiblard. L'intrigue principale manque de fluidité, est sans cesse stoppée par des petites choses sans importance. De plus, l'intrigue en général n'est pas crédible pour un sou (pourquoi faire appel à Lucky Luke si c'est pour l'ignorer voire mettre en doute sa parole?). Ce qui 'ma gêné aussi, c'est la gratuité présente dans l'album. D'abord autour du titre. Le début laissait présager une sorte de "The Gunfighter" avec la réputation de Lucky Luke qui lui attire des ennuis (les gens veulent se mesurer à la légende) ; cette idée est très vite écartée, ce qui rend le titre totalement inadéquat car l'intrigue ne repose jamais réellement sur le fait que quelqu'un ait pu tuer Luke. Même dans la construction en flashback, l'auteur ne joue jamais avec cette donnée (par exemple pour que le lecteur puisse s'amuser à trouver qui sera le tueur). Ensuite autour du message moralisateur : je peux admettre qu'un auteur veuille mettre en garde contre les dangers de la boisson et de la cigarette surtout quand il sait que son album s'adresse à un public jeune, mais ici ça ne sert pas vraiment l'intrigue, c'est appuyé lourdement, sans aucune once de subtilité... à chaque apparition et sermon du Doc je me suis pris à soupirer... Les personnages sont très pauvrement exploités, si bien que cette amitié naissante entre Doc et Luke et qui est censée toucher son apogée à a fin, en faisant verser une larme au lecteur, ne prend jamais à mes yeux, parce que c'est juste trop simple : les deux bougres parlent et hop, ils sont amis ? Il aurait été plus intéressant de les confronter ensemble à des conflits, de les faire s'en sortir grâce à leur union, là il y aurait eu une raison de rapprocher et donc de se sentir triste sur la fin. Mais bon, il faut dire qu'il ne se passe pas grand chose durant tout l'album, malheureusement. Si l'objectif est très vite mis au clair, les conflits, eux, sont rares et insignifiants.

Graphiquement, je suis un peu plus satisfait. Bonhomme fait du bon boulot. Bon, je trouve le rendu de ses illu plus intéressant que celui des pages de BD, mais il y a tout de même de belles ambiances et surtout un beau trait : cela faisait longtemps que je n'avais pas vu des pleins et des déliés aussi réussis dans une BD contemporaine, ça m'a même un peu rappelé le style de Jijé (d'ailleurs j'en viens à me dire que cet album est plus un hommage à Jijé qu'à Morris, mais bon). L'on peut reprocher quelques petites erreurs de proportion, un manque de rigueur, mais bon, c'est en étant pointilleux (je m'acharne... il y a quand même à la fin, le viseur du revolver de Luke qui est sur le côté il me semble non?). Au niveau des couleurs, j'ai été surpris : d'un côté il y a un choix de faire comme avant, avec des couleurs simples, et d'un autre, il y a ce style propre au dessinateur 'indépendant' (ça n'a pas vraiment de sens de dire ça, mais c'est un style que l'on retrouve le plus souvent dans des BD contemporaine moins tout public comme "L'arabe du futur") avec deux ou trois couleurs seulement. C'est plutôt chouette, mais par moment le coloriste en fait trop malgré cette simplicité (disons que sur certaines planches, il aurait dû conserver un ton et ne pas changer brusquement une fois arrivé à la moitié de la page).

L'humour marche assez mal : il faut dire que ça ne colle pas du tout avec le style sérieux du récit, ça le décrédibilise même (par exemple, Jolly Jumper ne parle pas, en revanche, il n'hésite pas à prendre une gorgée d'eau pour la cracher au visage d'un rustre). Cela ne colle pas non plus au niveau du dessin : Bonhomme veut faire un western plus sérieux que drôle, avec des gros plans sérieux, des plongées et contre-plongées. En fait, j'ai ressenti une prise de sérieux un peu trop exagérée (surtout par rapport à ce que ça raconte), avec des silences censés être intenses... C'est juste pénible. Le découpage, d'ailleurs n'est pas toujours très efficace, certaines cases ne servant pas à grand chose; c'est comme si Bonhomme essayait de faire une BD classique, mais n'arrivait pas à s'affranchir du rythme d'une BD plus spécialisée. Et ainsi donc, l'album manque de force dans ses scènes d'action mais aussi dans ses moments contemplatifs ou encore dans ses tentatives humoristiques. Un bel exemple : le running gag du tabac souffre de tous ces défauts.

Bref, je n'ai pas pris autant de plaisir que je l'aurais souhaité, l'intrigue étant inintéressante, facile, mal ficelée ; heureusement, le graphisme sauve un peu les pot mais n'est pas exempt de défauts.

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