Mécanique plaquée sur l'humain.

Avis sur L'Homme sans clef - Horologiom, tome 1

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Dans le monde d'Horologiom (orthographe incertaine: "Horologium" planche 31), la mécanique se substitue aux comportements "humains". Dans ce monde-horloge (d'où le titre de la série), chacun se doit d'être remonté régulièrement au moyen d'une bonne vieille clef plantée dans le dos, et bannir toute passion humaine (amour, émotion, compassion, jusqu'à la défécation, palliée par l'absorption d'un "triangle noir", etc.). Schéma classique: dans ce monde trop bien réglé qui, en tant que tel, suscite de la part du lecteur humain un malaise angoissé, survient le grain de sable, sous la forme d'un jeune bateleur, Mariulo, qui, on le devine, sera là pour troubler la belle mécanique.

La faune mécanocratique qui traque les imperfections et extermine les déviants est pittoresque: être membre du Grand Rouage conduit à la "félicité mécanique". Les "remonteurs" sont chargés de vérifier et d'entretenir les clefs de chacun. Les "auricules" sont des têtes de robots auditifs à tête de Dupont et Dupond, qui permettent l'espionnage. Les "altruistes" sont des flics en monopode sauteur. Les "chapeaux noirs" sont des fonctionnaires ultra-zélés. Les dirigeants "laïcs" voient leur tâche compliquée par un encadrement religieux, dirigé par un "prédicateur", qui anime le culte dédié au "Grand Rouage". A ce clergé appartient Haxe, la filleule du rebelle, Sacharine, qui assiste Mariulo dans sa fuite de la répression.

Le problème qui menace Horologiom est l'arrêt des fabrications de nouveaux citoyens. (Si on pouvait avoir le même problème, sur notre planète qui grouille d'humains promis à la paupérisation la plus radicale en raison de leur nombre !).

Surtout, "Horologiom" est un album de recherche graphique autant qu'un récit. La beauté et la créativité des décors, des personnages, le relief apporté par des couleurs franches l'emportent parfois sur le récit lui-même, en faisant parcourir au lecteur une vaste gamme de décors variés, aériens, souterrains... alors même que l'action progresse peu (lors de poursuites par exemple). Cette cité fantasmatique, à vaste déploiement vertical, bardée de tour à coupoles fuselées vaguement phalliques, reliées entre elles par des rampes étroites donnant sur le vide des deux côtés, sans garde-fou, est un véritable univers. De même, les costumes des personnages sont le résultat d'une grande recherche, à commencer par le masque de Mariulo, le beau gosse préposé à la révolution à venir, et la chevelure hirsute de Sacharine.

Sur un thème classique, un très beau travail méritant toute notre attention.

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