Il a dû rêver trop fort

Avis sur La 2,333e Dimension - Julius Corentin...

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Un nombre non négligeable de critiques considèrent que les premiers livres d’un écrivain sont particulièrement chargés, les suivants gagnant en épure à mesure qu’il a déjà dit ce qu’il avait à dire. C’est probablement le cas pour la série des Julius Corentin Acquefacques : quatre albums entre 1990 et 1995, puis rien pendant neuf ans. Manifestement Marc-Antoine Mathieu a épuisé jusqu’à l’Épaisseur du miroir les idées accumulées avant l’Origine – puis probablement lors du travail sur la Qu… et le Processus.
J’imagine aussi l’envie de faire autre chose, d’explorer d’autres facettes de l’univers qu’il a mis en place. En tout cas la 2,333e Dimension a le mérite d’éviter la redondance – défaut si tentant quand on tient un « concept » aussi fort et déclinable à l’envi que le monde des rêves de Julius Corentin Acquefacques.
Comme d’habitude, le rêve est le levier qui permet à l’album de parler de bande dessinée, c’est l’analogie classique entre le rêve et la fiction – si tout rêve est une fiction, pourquoi toute fiction ne serait-elle pas un rêve ?

Ici, on se retrouve avec un rêve dans le rêve, et « ce (rêve)² devient lui-même réalité » (p. 26). Il fournit au personnage sa quête : retrouver un deuxième point de fuite perdu, et au récit son thème : la perspective. Comme Marc-Antoine Mathieu tient pour allant de soi des données qui paraissent de suprêmes audaces à des lecteurs qui n’auraient jamais entendu parler de Pirandello, de Borges ou de l’Oulipo, la 2,333e Dimension donne lieu à de véritables délires narratifs, dont l’utilisation d’un noir et blanc sans gris accentue le relief : c’est parce que tout le reste est en noir et blanc que les bribes de couleur des dernières planches ressortent. De la même façon, c’est parce que tout est longtemps plat que le passage nécessitant des lunettes 3D se révèle beaucoup plus qu’un gadget graphique.
Les premières planches de l’album peuvent ne sembler qu’une parodie de série policière, façon les Experts : dans la Cité déserte – une fois n’est pas coutume –, deux hommes en combinaisons blanches suivent les signaux sonores de plus en plus puissants émis par leur détecteur. En fait, elles constituent le cadre sans lequel le récit perdrait une bonne partie de son sens : dans les Julius Corentin Acquefacques, il n’y a pas plus de femmes que de détails gratuits.

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