La carte n'est pas le territoire

Avis sur La Fièvre d'Urbicande - Les Cités obscures, tome 2

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La Fièvre d'Urbicande est peut être la clef de voute des Cités Obscures, et à mon avis l'opus le plus réussi.

Deux villes séparées par un fleuve sans pont forment Urbicande: D'un côté une cité orgueilleuse régie par la symétrie et le monumentalisme froid, de l'autre des quartiers populeux aux rues sinueuses et au plan anarchique. Planification contre improvisation.
Le fleuve, comme un mur, achève d'isoler ces deux archétypes irréconciliables de l'architecture et de l'urbanisme.

Au beau milieu de cette ville allégorique Eugène Robick entend uniformiser les deux rives en y appliquant la doctrine totalitaire qui prévaut de son côté: De grandes perspectives monumentales, des édifices aveugles démesurément hauts, des avenues trop grandes pour les individus qui y vivent. Son grand plan de réaménagement utopique passe par l'édification d'un pont, qui scellera l'union des contraires dans un ordre parfait.

L'amorce est déjà passionnante, mais dans cette situation de départ presque balisée les auteurs font surgir une anomalie, une idée géniale, qui va totalement brouiller le jeu avant d'en redistribuer les cartes, et relativiser de manière spectaculaire ce désir d'une perfection illusoire.

Le cube découvert par Robick se copie lui même en se ramifiant de manière exponentielle, comme une figure fractale, jusqu'à créer un réseau incontrôlable qui aboli les frontières et réorganise la société. Son irruption pose aussi la question de la représentation du territoire, qu'il finit par quadriller dans toutes ses échelles successives, vers l'infiniment grand.
L'influence de Borges plane sur ce conte, notamment au travers de ses fameuses nouvelles "Tlön Uqbar Orbis Tertius" et "De la Rigueur de la Science", dans laquelle il évoque un empire vaniteux qui entreprend de dresser la carte de son territoire à l'échelle 1/1...

Le travail rigoureux des deux auteurs conduit à une oeuvre sophistiquée et passionnante que l'on peut commenter sans fin. Avec ce livre en particulier, ils inscrivent leurs Cités Obscures dans la création littéraire aux côté de Casares, Calvino, et quelques autres grandes plumes. La classe.

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