La Tour - Les Cités obscures, tome 3 par Aymeric Kvmikvz

La Tour est le rejeton du couple François Schuiten-Benoît Peeters, appartenant à la collection des Cités Obscures.


Giovanni Battista est mainteneur au sein de la Tour, édifice tentaculaire bâti sur le modèle rotondinal de la Tour de Babel de Brueghel. Il a la charge de conserver intact son secteur, retiré dans une profonde solitude, tel un Sisyphe moderne accomplissant la même tâche herculéenne en boucle, à l’infini. Mais la Base de laquelle il reçoit ses ordres ne répond plus. Il décide d’arpenter les niveaux labyrinthiques de la Tour pour rejoindre la Base.


Fort de son expérience de spécialiste de Tintin, le scénario de François Schuiten est concocté aux petits oignons. Si la communication rompue du début est un prétexte à l’exploration, la quête de Giovanni s’avèrera atteindre des niveaux de réflexion métaphysiques. A l’image d’une lithographie d’Escher, notre regard se perd dans le dédale d’escaliers, de salles, d’arches qui composent un tableau absurde de par ses dimensions pharaoniques. Un très beau noir et blanc compose l’ensemble architectural fouillé.


Un récit empreint de platonisme gnostique, dans lequel chaque nouveau palier révèle quelque chose de la Tour, son origine, ses plans, son organisation, sur lequel s’est greffé une histoire d’amour, tandis que nos héros apprennent à se connaître, se découvrent, se révèlent même beaucoup dans l'épreuve de l'ascension. Rappelons que pour Platon, il existe une hiérarchie des êtres allant du sensible aux Idées. Le monde du bas pourrait s'apparenter aux fondations de la Tour qui s'effritent, tandis que le niveau des Pionniers correspondrait au stade des Idées fixes. La tour étant une métaphore de cette échelle ontologique faisant la liaison entre le monde sensible, qui est illusion, et le ciel des Idées. Seulement, Giovanni qui représenterait ce curseur déplaçable du moins-être au plus-être (ontôs on), qui en quelque sorte accomplit le rôle du philosophe sortant de la Caverne des illusions pour voir le soleil, se trouve confronté à un final déceptif, en opposition à la théorie platonicienne. En haut, il n'y a, pour ainsi dire, plus rien. C'est le néant. Le récit prend une tournure gnostique.


Tout cela confère une dimension vertigineuse d'être mis en face de la perte de sens d'une société idéale -dans sa fondation- au bord de l'effondrement.


A la fin du récit, il y a un basculement dimensionnel : Alors qu’au début de l’ouvrage c’est le lecteur qui s’immerge dans l’univers de fiction, à la fin, c’est le personnage de Giovanni qui, cherchant une issue, pénètre dans la dimension de l’Histoire. L’emploi de la couleur est à ce titre significatif. Les peintures d’histoire ainsi que la scène finale sont les seules à être dotées de couleurs.

-Aymeric
8
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Le 28 décembre 2019

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La Tour - Les Cités obscures, tome 3
Polyvinyle
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Critique de La Tour - Les Cités obscures, tome 3 par Polyvinyle

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