Bruce Wayne, a.k.a Doctor Who.

Avis sur Le Retour de Bruce Wayne - Grant Morrison...

Avatar Oberon Sexton
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Relire le run de Morrison sur Batman avec l'édition proposée par Urban Comics, après l'avoir découvert dans les magazines de Panini, c'est un peu comme revoir une série d'une seule traite en VO après l'avoir suivie en doublage VF sur TF1. Non seulement le style d'écriture actuel des comic-books rend la lecture mensuelle assez frustrante, ce qui est particulièrement vrai pour cette mini-série (et ça, Panini n'y pouvait pas grand chose*), mais la précédente traduction m'avait fait râler comme jamais (d'ailleurs, d'après mes souvenirs, c'est à partir de ce passage du run de Morrison que le traducteur, déjà pas très motivé auparavant, s'était complètement mis en pilote automatique). Or, Morrison ne fait pas partie de ces scénaristes que l'on peut quand même apprécier avec une traduction douteuse. Du coup, au niveau de l'édition, nous voilà bien pourvus pour (re)découvrir cette synthèse immense de la mythologie de Batman qu'opère l'ami Morrison au cours des plusieurs années de son run sur les séries de la chauve-souris. Allez, pour râler un peu sinon ça fait pas sérieux, on peut quand même reprocher à Urban de nous sortir un volume moins épais que les précédents, mais au même prix.

La mini-série "The Return of Bruce Wayne" n'est certes pas le sommet du run de Morrison, mais remplit tout à fait son office de conclusion d'un bon nombre de pistes lancées par le scénariste dans les tomes précédents. Après avoir confronté Batman à l'esprit criminel suprême, l'avoir fait "mourir" face à Darkseid, avatar DC-esque du dieu de la mort et du chaos, puis avoir conçu une nouvelle itération du duo Batman & Robin, Morrison nous conte donc la lutte de Bruce Wayne dans ce qui se veut être la plus grande épreuve de sa vie. Perdu dans le temps, amnésique, il doit trouver le moyen de revenir dans son époque, alors même que ses camarades super-héroïques, lancés à sa recherche, craignent que son retour ne soit qu'une manoeuve de Darkseid pour transformer le héros en arme de destruction massive pour le présent. Chaque épisode se déroule donc dans une époque différente, avec un dessinateur différent, sans oublier quelques détours par la fin des temps eux-mêmes. D'un point de vue graphique, d'ailleurs, on est plutôt bien servis, avec du Chris Sprouse, du Frazer Irving, du Ryan Sook, et un seul bouche-trou de seconde zone sur les six épisodes (est-ce médisant de dire que c'est presque un exploit chez les éditeurs mainstream à l'heure actuelle ?)

Si le point de départ très Whosien, et donc assez inattendu dans du Batman, pouvait apporter des choses très intéressantes, surtout avec Momo, on reste néanmoins un peu déçu par le traitement de l'histoire. L'immense paradoxe de prédestination qu'était en droit d'attendre tout amateur d'histoires temporelles se résume au final à quelques éléments qui semblent malheureusement trop anecdotiques, comme par exemple les raisons de la fondation du manoir Wayne. Le choix de rendre Bruce Wayne amnésique prive le scénariste de la mise en place d'un immense plan à travers le temps, que personnellement j'attendais. Du coup, plutôt que de célébrer l'intelligence et la ruse de Batman, la mini-série insiste plutôt sur son instinct viscéral de survie. Bruce Wayne se contente ainsi d'inspirer plus ou moins directement certains personnages clés, ou de leur transmettre des directives dont j'ai encore du mal à m'expliquer l'intérêt, sans jamais y voir plus loin que le bout de son nez (si ce n'est dans la fin du récit). Du coup, cette épreuve censée consacrer l'homme chauve-souris dans son statut d'homme ultime (qui est un thème assez récurrent dans le run) me semble faire pâle figure par rapport aux épreuves que le personnage vient de vivre dans R.I.P. ou Final Crisis.

Reste donc un récit bien dessiné, qui ne manque pas d'éléments intéressants, et qui parie toujours sur l'intelligence du lecteur, le laissant assembler les pièces du puzzle plutôt que de le prendre constamment par la main (ce que certains considèrent justement comme étant symptomatique du caractère "incompréhensible" de l'écriture de Grant Morrison, vraiment une question de point de vue, hein). A ne surtout pas offrir à quelqu'un qui n'aurait pas lu les précédents, donc.

Note réelle oscillerait entre 6 et 7.

* Panini avait publié cette mini-série dans deux hors-séries, et le reste du run dans des bimestriels, il me semble.

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