A l'aube d'une nouvelle équipe

Avis sur Machine qui rêve - Spirou et Fantasio, tome 46

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C'est un peu déçu que je tourne les dernières pages de l'album. Alors qu'auparavant je le portais aux nues. D'ailleurs en relisant toute la série, je me disais que "Machine qui rêve" n'était jamais que l'évolution logique dans l'oeuvre présentée par Tome & Janry ; le fait est que j'avais gardé en tête l'idée d'un récit intelligent qui fait réfléchir autant qu'il divertit. C'est oublier que le scénario a servi de base pour une série B avec Schwarzzie pas très fine mais fun : "A l'aube du sixième jour". J'ai toujours dit que les deux auteurs étaient des gros fans de série B, ça se sent surtout au niveau de la couverture. Sauf que d'habitude ils sont assez généreux en terme d'action, alors qu'ici il ne se passe pas grand chose.

C'est la faute au scénario. Si l'éclatement temporel est intéressant, l'histoire aurait mérité un traitement sur un plus grand nombre de page, car ces allers retours dans le temps empêchent de vraiment se focaliser sur un point et de le développer. Et donc il en résulte l'impression qu'il ne se passe rien derrière ces effets de style. Heureusement le mystère maintient l'intérêt et le lecteur ne s'ennuie jamais vraiment. Aussi je ne suis plus d'accord avec mon à priori comme quoi l'album est dans la mouvance de ce que les auteurs ont fait auparavant. Le fait est que les personnages ne sont ici aucunement creusés. Ça faisait longtemps que je n'avais vu un Spirou aussi insipide. Tout ce qu'il fait ici c'est s'interroger et l'auteur se permet de l'abandonner justement au moment où ça devient intéressant. Au final, Tome & Janry ne font qu'effleurer leur sujet, et c'est bien dommage.

Le désastre ne s'arrête pas à l'intrigue trop légère ; le dessin laisse également à désirer. Je ne comprends pas vraiment ce style soi-disant plus réaliste. Le Spirou de Tome & Janry est très vite devenu semi réaliste plus que gros nez. Cette évolution n'apporte rien de plus. Surtout qu'on sent bien que les auteurs ne gèrent pas encore ce nouveau style graphique... et que certains réflexes de la vieille époque sont restés. Je pense à certains éléments du décors, certaines expressions qui correspondent à la grammaire plus gros nez des albums précédents. A quoi bon faire un Fantasio réaliste si c'est pour lui faire faire des grimaces. Ce que je reproche se situe surtout au niveau des personnages (doigts parfois mal dessinés, chien trop gag, etc.), car pour ce qui est des décors, le duo s'en sort toujours bien, avec des ambiances lumineuses magnifiques, un découpage toujours fluide et plutôt intelligent pour immerger le lecteur dans l'action.

D'ailleurs je parle de désastre comme s'il s'agissait d'une purge, alors qu'en fait non, l'album se lit très aisément, sans que l'ennuie ne pointe jamais son nez. C'est juste qu'on le termine avec un goût de trop peu. Je me répète, mais vraiment les auteurs ne font qu'effleurer leur sujet : Spirou n'a aucune profondeur, le sujet est à peine abordé, et même en terme d'action, à part quelques poursuites (et les dei ex machinae qui suivent), il n'y a pas grand chose à en tirer. D'ailleurs, la série B que Spirou et Fantasio regardent au début de l'histoire et qui les fait tant rire, et bien l'album m'a donné la même impression tellement c'est gros par moment (allez quoi, ces agents qui sont partout, qui ont tous les pouvoirs et qui sont incapables d'arrêter un homme seul quand l'occasion se présente...).

Bref, "Machine qui rêve" est une série B comme Tome & Janry en ont souvent faites, rien de plus, au contraire ; du fait qu'ils ont voulu bousculer leurs codes (en s'inspirant des américains, on pense surtout à Alan Moore), ils perdent de la place pour en fixer une nouvelle et ce au détriment d'une narration qui reste trop superficielle.

Remarque : ça faisait un moment que Spip ne parlait plus et ses interventions étaient de plus en plus rares. Il est quasi absent de cet album-ci

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