Maus. La Shoah vue par Art Spiegelman

Avis sur Maus : L'Intégrale

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"Des amis ? Tes amis ? Enfermez-vous tous une semaine dans une seule pièce sans rien manger... Alors tu verras ce que c'est, tes amis..."

C'était une bande-dessinée que je voulais avoir depuis longtemps. Non pas parce qu'elle a reçu le prix Pullitzer 1992, mais à cause du thème abordé : la Shoah, l'extermination programmée des Juifs. On dit souvent que la Mémoire de l'Holocauste est fatiguée, usée d'être sans cesse évoquée d'année en année. Moi-même, sans doute étais-je las des témoignages, des récits, du devoir de mémoire.

Or, l'œuvre d'Art Spiegelman a cet avantage de plonger simplement le lecteur dans ce que furent les années 30-40. Traduite en dix-huit langues, la bande-dessinée aborde deux histoires : la déportation du père de Spiegelman, et les relations conflictuelles entre l'auteur et son père. Relations affectées justement par la nécessaire transmission de l'héritage, de ce fardeau. Près de 270 pages vraiment bouleversantes.

Intelligemment, Art Spiegelman a choisi d'utiliser le monde animal pour raconter le témoignage de son père. Chaque peuple est ainsi représenté par une espèce animale : les Juifs sont représentés par des souris ('Maus' signifie 'souris' en allemand), tandis que les Allemands sont dessinés sous forme de chats. Plus loin, on découvre qu'Art esquisse les Polonais en cochons, les Américains en chiens et les Français en grenouilles.

La souris est chassée par le chat, mais le chien chasse la souris... ce zoomorphisme tombe finalement sous le sens, puisqu'elle est un écho assourdissant aux images de propagande nazie de l'époque : les Juifs étaient justement représentés en souris et les Polonais comme des cochons. Dès lors, la force de la BD en est renforcée.

J'ai beau avoir une connaissance convenable de ce sanglant épisode, je reste toujours frappé de la déliquescence humaine : les déportés se désolidarisent les uns aux autres, chacun luttant pour survivre. C'est la fin des anciennes amitiés, des vieilles solidarités : Vladek Spiegelman, le père d'Art, nous montre la déshumanisation croissante, que ce soit dans les camps ou lors des pogroms.

Une bande-dessinée à découvrir.

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