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Le requiem de la narration

Avis sur Noces Sacrilèges - Sang royal, tome 1

Avatar Athom
Critique publiée par le

Il était une fois l’affaire d’un grand nom...

Un nouveau jodorowsky, ici allié à un jeune dessinateur issu du manhwa dont les dessins qui nous sont parvenus sont très réussis, on peut se dire que ça augure du bon. L’auteur de l’Incal et de Bouncer nous a habitués à des personnages barrés, des histoires parfois tordues mais approfondies, de la folie et de l’inceste (eh oui quand même). Alors, qu’en est-il dans un univers de fantasy ?

Pour l'histoire, voici le pitch :
Dans une contrée inconnue, le roi Alvar et son armée défendent leurs terres face à un envahisseur. Gravement blessé au combat, le roi s’écarte du champ de bataille avec son serviteur et cousin, Alfred qui est aussi son sosie. Alvar échange son armure avec lui, tenant à gagner la bataille et préserver le moral de ses troupes. Soudain conscient des possibilités qu’il a, Alfred trahi son roi et décide de prendre le pouvoir en laissant Alvar pour mort. Ce dernier est sauvé par une paysanne, mais perdra la mémoire pendant 10 ans, à la fin desquelles il se souviendra de la trahison et laissera sa haine et sa folie se consumer dans une reconquête sanglante.

Eh bien après lecture et tamisage, y a pas grand-chose…
Que se passe-t-il dans cette histoire ? C’est un peu la question que je me suis posée pendant ma lecture. Car si le style veut y être, j’ai malheureusement échoué à le trouver.
L’absence de bulle dans les premières pages de l'album est censé nous entraîner dans le récit, exploiter l’intensité d’une scène, mais le résultat est là : on ne comprend rien ! Déjà par la scène d’entrée, on se dit : « ok, mais où est le début de l’histoire ? Qu’y a-t-il avant ?! »
Même chose pour les personnages :
1/ Le cousin d’Alvar est dévoué à la cause du roi, et accepte de jouer son rôle à sa place, lorsque soudain il a une révélation et se découvre une nature putassière ? Aucun indicateur n’introduit cette sensation avant, et on est à la page 6 !
2/ Alvar est devenu un barbare hirsute, crasseux et sauvage suite à sa perte de mémoire au point d’en oublier le langage (admettons) ; il découvre par hasard l’armure de son traître de cousin, enfouie sous terre depuis 10 ans : pas de montée en crescendo, le retour de la mémoire est direct, et la parole en prime. Tout ça en une page, c'est rapidement placé !
3/La reine ou miss opportuniste, impressionnante de charisme, elle se plie au désir de tout le monde sans remord du moment que c’est la personne détenant le pouvoir, le reste, on s’en fout… Pas très fouillé tout ça.

Le scénariste a voulu mettre en avant un côté Shakespearien dans son album, mais du coup, les drames s’enchaînent à une vitesse phénoménale ! Trahisons, viols, incestes, tromperie et autres horreurs sont au programme. Non pas que je sois réfractaire à ce qu’on dessine des scènes crues, mais là on oscille entre 8 et 10 en 56 pages, ça fait un peu lourd. De plus, l'album laisse une impression nette de raccourci scénaristique qui met à mal notre perception. Et même cette dramaturgie vous donne un arrière-goût de déjà-vu très rabâché ! (J’ai dû arrêter ma lecture plusieurs fois tellement j’étais blasé par les raccourcis) Rajoutez à ça 2 ellipses temporelles de 10 ans chacune, si ça ce n’est pas du raccourci évitant de creuser davantage les persos…

Même dans la structure de la BD, la lecture n'est pas toujours évidente : à plusieurs reprises, on a des bulles de texte qu’il faut lire de droite à gauche plutôt que de gauche à droite (ce qui rajoute une barrière de lecture) ; y a-t-il eu un problème de relecture en amont ?
Enfin, le dessin : …baaah c’est du bon, mais c’est bien plombé à cause du scénar. (raccourcis, fausse dramaturgie…)

Il y a du bon à retenir : un dessin prometteur, une synthèse intéressante des styles franco-belge/manga qui n’est pas exploitée au maximum encore (comme d’autres lecteurs j’ai trouvé le genre du personnage de couverture ambigu) , une bonne colorisation… bref, un dessin riche en dynamisme, en expression et en compréhension. On sent une intensité possible dans son dessin, mais encore une fois ceci est contrebalancé par une histoire et des dialogues fumeux.
Du coup, c’est un album à double tranchant pour Dongzi Liu : on se souviendra du dessin de cet album, mais ce n’est pas un bon souvenir.

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