Que choisir ?

Avis sur Panade à Champignac - Spirou et Fantasio, tome 19

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Comme l'a démontré le grand philosophe Pierre Desproges, la vie est une question de choix existentiels. Que choisir quand on a 35 ans en 1940 ? Résistance ou collaboration ? Et en 2017 ? Collaboration ou résistance ? Et en 1968 ? Tintin ou Spirou ?

https://www.youtube.com/watch?v=GmPOq7N6QwM

Eh bien , j'ai choisi de choisir les deux : pour moi, ça sera Tintin ET Spirou.

Panade à Champignac est aux aventures de Spirou et Fantasio ce que Les bijoux de la Castafiore sont à Tintin : la prise de conscience que l'héroisme est devenu impossible dans le monde moderne et qu'il ne reste plus qu'à rentrer chez soi, à Moulinsard comme à Champignac.

On a dit Franquin fatigué par des personnages qu'il n'avait pas créés : c'est vrai, mais, ça n'explique pas tout.

Terminé à grand peine en février '68, l'album est prémonitoire de ce que deviendra l'Europe après les "événements" du mois de Mai : un monde livré à la consommation, où l'on change des couches du méchant Zorglub devenu infantile avant d'avoir l'âge d'être sénile. Un monde sans virilité, sous prétexte de pacifisme, mais où les armes, ici la zorglonde, continuent de fonctionner de façon terrifiante pratiquement toutes seules.

Panade est une oeuvre collective : Yvan Delporte, Peyo et son jeune assistant Gos (qui devait reprendre le dessin de Gil Jourdan) aidèrent Franquin qui s'était embarqué dans l'aventure sans savoir du tout où il allait.

J'ai eu la chance de rencontrer Gos sur une signature qui m'a raconté que c'est lui qui écrivit tout le scénario de la fin, approximativement les planches 28 à 37 : Franquin les dessinait deux par deux, et s'amusait à changer la chute prévue par Gos à la fin de la deuxième planche, rajoutant les commentaires du petit bonhomme masqué qui annonce la coccinelle de Gotlib, obligeant le jeune homme à refaire toute la suite.
Ce, jusqu'à la planche 35b, où Franquin paralyse l'ensemble des personnages à coups de zorglonde. Mais bien sûr, Gos trouvera un artifice pour continuer deux planches encore...

En '68, Hergé a 61 ans, Franquin n'en a que '44. Autant les Bijoux laissent un goût amer dans la bouche, Hergé y faisant ses adieux à son art (les deux derniers albums constituent une sorte d'épilogue), autant Panade est riche de promesses.

Franquin y fait ses adieux à des personnages qu'il n'a jamais vraiment aimés, pour se consacrer à son chouchou, Gaston, qui du reste apparaît au début de l'aventure.

Car Gaston, c'est le véritable héros de l'après '68, avec les mauvais côtés de l'époque, mais aussi avec les bons.

La technique de Franquin change : je ne sais pas s'il passe de la plume au pinceau, ou l'inverse, ou même au rotring qu'il utilisera dans les géniales Idées noires, toujours est-il que le dessin, extraordinaire, annonce l'apogée de l'oeuvre dans les années '70.

Rien que pour ça, cette histoire un peu inconsistante mérite d'être lue.

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