L'orgueil n'a pas de limites

Avis sur Poison City

Avatar Lou Wassner
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Là où Prophecy était politique, Poison City est une œuvre personnelle, aucun n'est réussi. Tsutsui est un être frustré de son incapacité à marquer son époque. En effet il demeure cette espèce d'artiste moyen qui ressort toujours les mêmes vomissures futuristes en deux ou trois tomes. Certes cela plaît à certains, même à beaucoup, ce qui pour ma part me dépasse complètement, mais il reste un auteur de seconde zone ( à en témoigner sa meilleure place dans le classement seinen qu'est la 47e place ).

Je n'ai évidemment absolument rien contre les auteurs qui ne connaissent pas le succès intégral et mondial, étant moi-même un lecteur assidu d'excellents auteurs de courants Underground.
Cependant j'ai quelque chose contre ces êtres infatués, pédants et orgueilleux qui veulent se croire et se faire croire comme des génies lanceurs de mouvements et créateurs de chefs-d'œuvre intemporels alors qu'ils n'en sont incontestablement pas capables.
En effet Tsutsui n'a ni le génie de Naoki Urasawa ni le courage de Yoshihiro Tatsumi.

Premièrement on ne peut être un vrai influenceur d'époque dans ce milieu en étant fainéant ! Chez Tsutsui voici la règle dans le dessin :
Quand on n'a pas besoin de faire de décor, on met un fond blanc
Quand on a besoin de faire un décor : on met un fond blanc
Quand on a vraiment besoin de faire un décor : on met des lignes ombreuses et vagues dessinées en 2 minutes montre en main
Quand on doit vraiment VRAIMENT faire un décor : on dessine un petit décor minimaliste

Deuxièmement pour influencer toute une époque, déjà on ne ressert pas les mêmes intrigues un peu remodelées tout le temps, mais également on ne dénonce pas quelque chose qui n'existe peu ou pas ! Enfin c'est quand même saugrenu... Tsutsui a tellement été traumatisé par son retoquage partiel de Manhole qu'il se présente insidieusement ( mais en même temps paradoxalement avec un pas de bison ) comme un martyr prisonnier d'une société qui le comprime et qui l'empêche de pouvoir irradier le monde de son talent... Que JCVD aille se rhabiller ! Le lion de l'orgueil a trouvé son maître ! C'est sûr que le marché du manga est extrêmement contraignant ! Plus le temps passe et moins la violence peut être représentée ( allez servir cette connerie à la génération porteuse du gekiga ), "on ne peut plus rien écrire !" s'égosillerait-il ! Il est vrai que Chainsaw Man subit énormément la censure avec sa cible éditoriale...

Dernièrement, pour influencer toute une époque, on ne s'autoproclame pas génie !

Quel degré de suffisance faut-il atteindre pour nommer son dernier chapitre "lettre aux générations futures" et y écrire "Je confie ce scénario aux auteurs de demain, qu'ils l'adaptent et le refaçonnent [...] en revanche je tiens à ce que le titre soit conservé [...] je lègue cette œuvre aux auteurs qui la découvriront dans 70 ans" ? Seul un Tezuka, un Mizuki ou un Tsuge aurait été autorisé à écrire ça ! Tsutsui vit dans l'amertume et la frustration permanente ( pour les mauvaises langues, il semble clair que Tsutsui se projette dans son œuvre en tenant compte de son vécu )

Pour synthétiser le tout, Poison City est la revanche lâche d'un auteur orgueilleux frustré par le monde éditiorial qui peut désormais se permettre de l'y cracher des montants incalculables de venin maintenant qu'il se permet l'autoédition.
Je ne recommande évidemment pas du tout cette "autobiographie fantasmatique" élaborée par le plus fameux "néo-gekigaka raté", tout en ayant honte de ce parallèle tant le comparer à Tatsumi ou Tsuge même en mal serait insultant.
Néanmoins Tsutsui aura réussi quelque chose, celle de l'écriture de l'autofellation la plus ambitieuse du manga !

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