La vie est un rêve dont la mort nous réveille

Avis sur Préludes & Nocturnes - Sandman, tome 1

Avatar Enlak
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Publié par Vertigo, branche de DC comics, « Sandman » n’a rien d’un super-héros, ou plutôt ne ressemble nullement aux héros masqués de la grande maison. S’il évolue dans le même univers que l’homme chauve-souris, ils évoluent séparément et leurs préoccupations et leurs histoires sont bien différentes.
La série est constituée de plusieurs histoires. Il est mentionné sur les couvertures que la série peut se lire indépendamment. C’est en partie vrai, car les derniers tomes doivent impérativement être lus à la fin. Et je conseillerais au maximum de respecter la chronologie de publication, pour ne pas se retrouver étonné de la présence de tel personnage ou de méconnaitre des événements déterminants (l’arrivée de Nuala, l’histoire tragique de Orphée). Même si dans l’univers particulier des rêves, les effets peuvent précéder la cause…

Bienvenue au cœur du rêve

Sandman. Morphée, Dream. Le marchand de sable. De la famille des Eternels, qui comme la Mort, Désire ou Désespoir, existent depuis l'aube des temps et existeront toujours tant qu’il existera une âme conscience dans l’univers, vivant sur un plan bien éloigné des mortels. Son domaine à lui, ce sont les rêves et les cauchemars, un vaste royaume que les mortels visitent chaque nuit. Morphée est de toutes les religions, mais d’aucune en particulier, car toutes sont vraies. Les Dieux antiques croisent les anges et les incarnations du chaos et de l’ordre. Si cela paraît inconcevable, il faut savoir que Morphée accueille également les rêveurs d’autres mondes…

Suivre les histoires de Sandman, c’est assister à un duel verbal avec un démon, une histoire d’amour contre-nature avec une mortel à l’issue tragique, une ballade avec la Mort, des chats se réunissant pour rêver d’un monde où ils dominent les hommes, un homme ayant décidé de ne jamais mourir, un pacte avec la lune, et une variété de créatures cauchemardesques ou d’humains déments.
Dans Sandman, peut-être pouvez-vous vous aventurer au cœur du rêve et apprendre des histoires sur Adam ou Eve, pour peu que vous vous en souveniez au réveil… Vous pouvez également vous retrouvé piégé dans le monde étrange d’une ville qui rêve, ou vous retrouver coincé dans une auberge de réalité avec des gens étranges venus d’autres mondes. Si par mégarde vous vous perdez dans le désert, affaiblit par la marche et la soif, vous pourrez passer de l’autre côté du miroir, dans les terres molles du rêve. Si vous êtes chanceux, vous pourrez rencontrer une âme charitable qui vous prêtera un peu d’eau, mais attention l’espace-temps est mélangé, et des armées fantômes errent depuis des siècles pour trouver une sortie.

Durant sa très longue existence, Morphée a rencontré beaucoup de personnes, conseiller chinois en exil, empereur romain ou Seigneur de Badgad. Il a passé un accord avec Shakespeare pour qu’il lui joue des pièces et aidé Marco Polo dans son périple. Il a marqué leur vie autant parfois qu’ils l’ont marqué en retour.

Tout change

Lorsque débute l’histoire, un groupe de sorciers occulte parvient à enfermer Sandman pendant 70 ans. Lorsqu’il s’évade enfin, c’est pour découvrir son royaume en ruine, ses objets qui renfermaient son pouvoir dispersés, certaines créatures de son domaine disparues. En réunissant ces fragments, Sandman constate que beaucoup de choses ont changés, et remet ses convictions en doute. Lui-même, Sandman Roi du Rêve, profondément attaché à son rôle malgré la profonde solitude qui en résulte, évolue et se met à accorder plus d’importance aux autres êtres. C’est qu’avant sa capture, Morphée éviter de se lier aux autres, une indifférence qui faisait parfois souffrir les gens qui l’entouraient, comme son fils ou ses compagnes temporaires. Un comportement aux conséquences tragiques, et une leçon qu’il apprendre au prix fort...

Tout change en effet, pour des êtres comme les Eternels, y compris les étoiles, pourtant étincelles immuable sur le firmament pour nos yeux de mortel. Tout change, Lucifer est las de régner sur les Enfer, les Elfes quittent la Terre, et même les Dieux s’en désintéressent, quand ils ne livrent pas des combats finis depuis longtemps.

Certains faits demeurent pourtant. Alors que sa mission constitue un fardeau qui pèse chaque siècle plus lourd sur ses épaules, et que la profondeur de sa solitude s’arrête aux frontières de l’infini, Dream refuse obstinément d’abandonner sa fonction.

Les Eternels

Le reste de la famille des Eternels mériterait pratiquement une série consacrée à chacun. La Mort est une jeune fille gothique fort charmante, bien loin de l’image lugubre que l’on se représente souvent. Attendue par tous à un moment ou à un autre, elle se désole qu’autant de mortels la craignent alors qu’ils sont si nombreux à arpenter le Royaume de son frère. S**ouvent redoutée, elle est pourtant celle qui apporte la délivrance, et donne du sens à l’existence.**
Également différent de l’image que l’on peut s’imaginer, Destruction, l’incarnation de l’entropie, est un être avec une âme de poète. Et Destiny, celui qui voit tout, est aveugle.
Delirium se comporte comme une petite fille fantasque, naïve et immature, et souvent irritante. Elle passe d’un sujet à l’autre et semblant ne jamais comprendre ce qu’il se passe autour d’elle. Ou peut-être justement en comprends-t-elle plus que les autres.
Désir est un être androgène qui ne s’est simplement pas fixé sur un genre sexuel. C’est un être fourbe et manipulateur, qui tire les ficelles à distance, y compris de sa famille.

Une œuvre unique

On décrit souvent le fantastique comme l’irruption de l’irréel dans le réel, mais ce n’est pas vraiment adapté ici. Ici la réalité n’est qu’une petite bulle entouré d’un univers sans limite régis par des forces qui nous échappent, et qui fréquemment, traversent la bulle et perturbent les dérisoires créatures qui y habitent, provoquant peur, confusion, panique et folie. Maupassant dans ses nouvelles fantastiques, décrivait d’ailleurs que les hommes connaissaient la véritable peur lorsqu’ils expérimentaient des événements qu’ils étaient incapable d’expliquer, tant ils échappaient à toute explication rationnelle et perturbaient les sens et le raisonnement commun, événements dont les causes n’étaient bien souvent jamais révélés.

Actuellement auteur de romans fantastiques, Neil Gaiman a gagné une solide réputation avec cette série de comics, s’alliant les louanges d’auteurs comme Stephen King qui émaillent régulièrement les préfaces des différents tomes.
Les éditions insistent très souvent sur le côté unique de ce comics, qui marque la mémoire du lecteur comme aucune autre. Ce n’est pas simplement un argument marketing, tant l’ambiance qui se dégage, inquiétant et enivrante, le mélange des différentes mythologies, des Dieux anciens à des fictions inspirés de Narnia, des courts récits façon nouvelles fantastique à de longs récits façon tragédies grecques, font véritablement de Sandman une œuvre unique. Tout n’est pas parfait pour autant, des longueurs s’incrustent régulièrement dans la trame narrative, telle les durées artificielles que le cerveau ajoute aux rêves juste avant le réveil, mais le voyage vaut véritablement la peine.

Bienvenu dans l’univers de Sandman, où la réalité n’est qu’un monde parmi d’autres, et où le rêve a autant de consistante que la réalité.
Mais attention à marcher tout droit et à ne pas s’écarter du chemin…

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