Rêvera bien qui lira cette BD

Avis sur Sandman : L'Intégrale, tome 1

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Angleterre, dans les années 80.
Inspiré par le travail d’Alan Moore sur le comics Swamp Thing, Neil Gaiman, ancien étudiant en journalisme et petit auteur d'une biographie sur le groupe Duran Duran, va commencer à particulièrement s'intéresser au neuvième art. Après avoir contacté celui qui sera alors le futur auteur de Watchmen, les deux bonhommes sympathisent, si bien que Moore l'introduit chez DC. Neil Gaiman peut donc dès à présent s'attaquer à ses premiers travaux graphiques.
Après quelques essais sur des petits comics, l'auteur britannique va ressusciter un personnage de l’univers DC : Sandman (bon au départ il se contentait juste de balancer du gaz pour endormir les gens, mais il a pu évoluer ensuite sous l'influence de Jack Kirby, lui attribuant le pouvoir de contrôler les rêves). Bref, résultat d'un travail conséquent, le premier numéro de Sandman est publié en 1988, puis s’en suivra 74 autres jusqu’en 1996.
Ce premier volume de L’Intégrale, regroupant les 16 premiers numéros, retrace ainsi le début de cette aventure contant les péripéties de Morphée, Maître des Rêves (réécriture du personnage de Sandman, donc, l'inscrivant dans une mythologie et un folklore spécifique).

L'histoire commence au début du XXème siècle lorsque des humains en quête d'un pouvoir divin capturent par erreur Morphée, qui restera en captivité durant 72 ans, troublant ainsi le Monde de l’absence de son Marchand de sable. Ce dernier ne réussira sa libération qu'en 1988 et devra dans un premier temps retrouver les artefacts qui lui ont été dérobés afin de recouvrer ses pouvoirs.
C’est durant cette quête que Sandman laisse entrevoir la richesse de son univers et de ses personnages. Oscillant entre réalité, monde des Rêves ou encore monde des Enfers comme les personnages oscillent entre leurs bons et mauvais côtés. Le récit n’est ainsi jamais manichéen, à l’image de Morphée, prince des songes (tantôt agréables, tantôt cauchemardesques).
Le monde de Sandman ne manque en effet pas de son lot de cauchemars, passant d'individus poussés à se torturer jusqu'à la mort, à un enfant séquestré et battu durant plusieurs années. Oui, Sandman c'est un monde affreux. Mais Gaiman va fouiller ce monde, le fouiller tellement qu'il va y trouver de la beauté dans les ténèbres, de la poésie dans l'horrible. Et plus que tout, il va expérimenter.

C’est cette expérimentation qui, passé l’arc narratif prévisible des artefacts à retrouver (bien qu’il ne soit clairement pas en reste d’originalités non plus), va constituer le dynamisme et le cœur de l’œuvre.

« J’avais l’impression de jouer les Cristophe Colomb, en disant : « Je
crois qu’il y a une terre - par là-bas - à l’ouest d’ici ! Je vais me
diriger dans ce sens-là pour voir si je la trouve.» » N. Gaiman

C’est en effet en arpentant des chemins inaccoutumés que l’auteur va traiter les thèmes abordés de façon inattendue, offrant au lecteur une vision nouvelle sur ces derniers. Nous nous retrouverons ainsi, par exemple, à éprouver de la sympathie pour la personnification de la Mort, sœur attachante de Morphée, en la suivant dans sa routine d’intermédiaire entre l’étape de la vie et celle de la mort.

 Car oui, malgré son aspect rebutant, l'œuvre de Gaiman arrive à être touchante grâce à cette beauté saisissante que l'on retrouve au fin fond de son onirisme morbide.

« Si vous feuilletez la série, vous trouverez dans pratiquement chaque
épisode, pratiquement, soit l’image d’un cœur, soit le mot lui-même.
Les cœurs sont une grande part du sujet de Sandman. » N. Gaiman

Au travers de ce voyage entre les rêves, le lecteur se retrouvera constamment surprit de la destination vers laquelle Sandman l'a emporté, s'arrêtant quelques instants sur les magnifiques couvertures de chaque numéro et savourant les renouvellements réguliers et cohérents de sa structure graphique et narrative (passage d'une lecture horizontale à une lecture verticale, référence au style de Winsor McCay dans Little Nemo in Slumberland, changement soutenu de la structure des planches, etc.).
Après seulement un très bref entrainement, Neil Gaiman a réussit à transgresser et transcender les codes de la bande dessinée pour y installer un rêve, rendu merveilleux par la richesse des histoires qu'il renferme.

Merci, Mr. Gaiman, de nous avoir transmit ce rêve.

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