"Babylone la grande, mère des prostituées et des abominations de la terre."

Avis sur Sin City, tome 1

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Sin City, ville du péché, Sodome et Gomorrhe ou “Babylone la grande, mère des prostituées et des abominations de la terre." (Apocalypse)
"Et Sin City, la sale grosse pute, elle me supplie, vautrée sur son dos, et j'la prends pour tout ce qu'elle a à me donner, et j'la prends encore ... et encore elle me supplie." (Sin City)
La ville est personnifiée, elle est un personnage à part entière ou morcelée, démembrée, et ses membres sont dans ce premier tome : Marv', le justicier noir, the hard boiled detective - les vignettes sont les pièces du puzzle - qui enquête sur la mort de Goldie, la femme qui a partagé sa dernière nuit avec lui, des hommes violents contre lesquels se battra sauvagement Marv' et des prostituées. On entre au coeur du sujet dès qu'on ouvre Sin City, puisqu'on assiste en lecteurs voyeuristes à la scène de sexe, à l'extase de Marv' qui serre dans ses bras cette femme pulpeuse qui meurt dès les premières pages de la pulp fiction. Il ne reste qu'un cadavre et dans une vignette, une culotte abandonnée sur le sol. le lit en forme de coeur (sont-ils dans un hôtel sordide ?) devient l'autel de l'amour sacrifié. Marv' déclare son amour à cette femme (in)connue et il tuera pour elle avec l'aide d'autres femmes et surtout de Gladys, son flingue. Il se bat encore et encore à mains nues et le style de combat de la brute de décoffrage ne fait pas dans la demi-mesure. Il traverse les vitres et les vignettes comme les vitres se brisent en éclat. Son visage torturé, lacéré par les lames tranchantes, retranscrit comme sur un parchemin la violence des hommes. Il porte autour du cou une chaîne avec une croix, ce symbole de l'homme torturé jusqu'à la mort. Un triptyque que j'ai trouvé particulièrement beau parce que le BLAM BLAM BLAM du flingue sert de cadre au tableau se décompose en 1) le flingue 2) la victime avec le sang qui gicle 3) une fenêtre en forme de croix stylisée. le noir et le blanc en négatif retranscrivent à la perfection la noirceur de la ville et des âmes, et le blanc n'apparaît que pour faire ressortir le noir parce qu'il est impossible de voir sans l'ombre du blanc. Les couvertures protectrices intérieures sont rouges de sang. Et je salue moi aussi en particulier le moment où Marv' marche sous la pluie hachurée, où la ville apparaît lacérée comme rayée de la carte.

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