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Sous le signe du Capricorne - Corto Maltese,... par Kabouka

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Ah, voilà une belle BD. Corto devient Corto, comme le dit le titre que j'avais projeté pour cette critique jusqu'à ce que je découvre qu'un certain Hypérion avait eu l'audace de me piquer par avance, deux ans avant pour être précise, mon futur titre. Et qu'en plus il l'a fait avec classe. Non mais vraiment, les gens ne respectent plus rien de nos jours.

Mais trêve de plaisanteries, entrons dans le vif du sujet. Ça y est, Hugo Pratt a enfin réalisé ce qu'il avait créé, il a enfin pris conscience de qui est vraiment Corto, et celui-ci peut à présent donner toute la portée de sa personnalité. Face au Corto rude et immoral de la Ballade de la mer salée, face au monde plein de pirates et d'aventuriers, commence à se dresser ce qui sera le sel de la série, une sorte de romantisme anarchiste, de poésie fataliste qui nous enchante tant.
Les dialogues se font méditatifs, rêveurs, Corto se met à vouloir faire de "beaux gestes", on lui déclare "je n'ai jamais vu quelqu'un de plus romantique que toi"... Oui, ça y est, Corto Maltese est devenu lui-même. Pour notre plus grand plaisir, parce que la série passe du statut de énième série d'aventuriers pirates relativement intelligente à celui de série unique, culte, avec un caractère rien qu'à elle et une poésie toujours plus marquée, une humanité toujours plus remarquable.

Tome fondateur aussi, aussi fondateur que l'est le premier tome de la série: apparaissent le mythe de Mû qui clôturera les aventures de Corto, appraissent déjà les passages de rêveries qui reviendront si souvent dans la série et qui sont si significatifs; apparaissent Morgana et Tristan Bantam, Soledad, le professeur Steiner, tous ces personnages que l'on retrouvera dans d'autres volumes de la série; et puis, Bouche Dorée, la mystérieuse et fascinante Bouche Dorée. C'est à partir de Sous le signe du Capricorne que s'impose le modèle de la femme en tant que personnage à part du monde de Corto, ces femmes fascinantes, mystérieuses, sensuelles, qui charment Corto et qu'il charme, qui le hantent, le manipulent ou croient le manipuler. "Je pense que les femmes seraient merveilleuses si tu pouvais tomber dans leurs bras sans tomber entre leurs mains.", conclut Corto, lucide.

Et puis, bien sûr, le fidèle Raspoutine est toujours de la partie. Toujours à se menacer d'une mort réciproque, ils ressemblent déjà à un vieux couple, comme on le leur fait remarquer. Que serait Corto sans Ras, son double, son antithèse, son partenaire, son rival, son ami, un peu de tout cela à la fois.

Bref, un excellent tome. Corto n'était jusque là que l'un des protagonistes d'une histoire écrite en 1967, la Ballade, il devient avec Sous le signe du Capricorne un des héros de l'oeuvre de Pratt, le personnage principal d'une nouvelle série, cela se sent, et c'est tant mieux. Quand on repose ce tome, on n'a qu'une envie, c'est d'en lire d'autres.

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