Adieu veau, vache, cochon, couvée et petite araignée

Avis sur Spider-Man : Un Jour de plus

Avatar VincK
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Difficile de noter cet épisode d'une manière objective.

Si je le prends indépendamment des (quelques années d') histoires qui le précèdent, si je fais fie de sa position pivot, il vaudrait quelque chose comme 6.

Si je note son importance dans l'histoire du tisseur, elle vaut un 9 ou 10 tant elle impose de changements.
Si je note son impact sur le personnage, si j’évalue la qualité des changements suscités, elle vaut 1.

Et ce sera celle-là que je retiendrais, même si je comprends les raisons qui ont poussé à son existence. Mais regardons ça de plus près.

Nous sommes juste après Civil War. Tante May vient de se faire tirer dessus et agonise. Peter et Mary-Jane vont tout faire pour la sauver pendant que Spidey, de noir vêtu (Back to black) essaye de retrouver le tireur. Le final de cette première partie (écrite par Monsieur J.M.Straczynski) montre le passage à tabac du vilain par Spidey sur de nombreuses planches. C’est violent, émotionnellement bien mené et ça va tout à fait dans la continuité de ce qu’avait fait JMS auparavant.

Et puis il y a la deuxième partie, celle écrite par Quesada lui-même. Méphisto apparait à Peter Parker et lui propose de sauver la tante, mais qu'en échange sa vie fera un saut en arrière et il ne sera plus marié à Mary-Jane qui ne l'aimera même plus tellement on ira loin (ça a beaucoup plus de conséquences que ça, voir plus bas, mais visiblement au moment du choix, on s'en fout un peu, c'est juste la Tante ou la femme).

Et Peter et MJ, ils font quoi ? Ils choisissent de sauver la vieille tante (qui logiquement devrait quand même mourir bientôt vu qu’elle est vraiment vieille).

Bilan: un reboot de Spiderman qui vit à nouveau seul avec sa tante, a des soucis d'argent et est amoureux secrètement de Mary-Jane.

Le pourquoi est clair, c'est une pure décision éditoriale. Spiderman, malgré de bonnes ventes, s’était éloigné du personnage original ces dernières années et le chef de file de Marvel (Quesada donc) voulait retourner aux origines. Un choix critiquable et critiqué, mais compréhensible dans une industrie où l’une des règles d’or en matière de scénario est de maintenir un statuquo. Les personnages ne meurent pas ou sont ressuscités par des méthodes plus ou moins discutables quand ce n’est pas un gros Deus ex machina des plus débiles (salut à toi Captain America).

Car oui, Spidey avait bien évolué. Quelques années avant, Marvel avait donné carte blanche à J.M. Straczynski (Monsieur Babylon 5) et le bonhomme ne s’était pas gêné.
Il avait changé les origines de Spiderman en exploitant le côté totémique du personnage, l’avait tué puis ressuscité grâce à ce même aspect, l’avait doté de nouveaux pouvoirs, plus sombres, plus matures. Ces changements, tel un passage de la puberté, influencèrent la vie civile de Spidey. Ainsi, il avait fait évoluer Peter Parker pour qu’il quitte enfin le Daily bugle et même qu’il se trouve un papa de substitution et un mentor en la personne de Tony Stark (ceci juste avant Civil War, alors que Tony est de plus en plus influent politiquement), il avait fait révéler l’identité secrète de Spidey au début de la guerre civile, sa première prise de position politique (celle de son papa mentor donc) puis l’avait fait changé de camp, se révoltant ainsi contre Tony, tuant symboliquement son père… L’adolescence faisant son chemin.

Il ne restait plus qu’une chose à faire pour que Peter devienne un homme, il fallait que Tante May meure. Ainsi, le complexe d’Œdipe serait résolu.
Et Straczynski l’a fait. Il lui a tiré dessus et l’a foutue sur un lit d’hôpital. Et là, Marvel a dit « non, reboot ». Et tout fut annulé : la mort de la tante donc et le mariage avec Mary-Jane, mais cela annula aussi ses origines totémiques, ses nouveaux pouvoirs, et cerise sur le gâteau (certes pratique), tout le monde oublia son identité réelle, invalidant au passage un gros bout de Civil War et indiquant que Méphisto a un pouvoir de dingue et qu’on se demande pourquoi il s’intéresse à Parker, alors qu’il doit bien y avoir d’autres conneries à faire.
JMS n’apparaitra pas aux crédits de One more day et expliquera qu’il n’était pas d’accord avec les choix. Il n’écrira plus sur Spiderman.

De mon côté, je garderais en tête SON Spiderman, celui qui était mort, celui qui avait un temps flirté avec la folie, celui qui lançait des toiles sans lanceurs, celui qui avait des dards, celui qui manquait de tabasser à mort le tueur de tante May.

Au revoir JMS, au revoir Spidey.

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