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The Authority (Wildstorm Deluxe), tome 1 par Nébal

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Vous allez dire que c'est parce que je suis un gros malin, mais cette fois pas tout à fait : si j'ai découvert The Authority « à l'envers », c'est essentiellement pour des raisons éditoriales. En effet, si la série a été créée par Warren Ellis au scénario et Bryan Hitch au dessin dans les épisodes qui nous sont aujourd'hui « offerts » (pour 30 €, hum...) par Panini/Wildstorm, nous autres Français avons d'abord connu en TPB les épisodes écrits par Mark Millar et dessinés par Frank Quitely, qui avaient été en leur temps publiés par la défunte collection Semic Books. Et voilà donc pourquoi j'ai découvert The Authority « à l'envers », connaissant la « deuxième période » avant la première, le run de Mark Millar avant celui de Warren Ellis.

Cela dit, à l'époque, si je connaissais déjà bien Mark Millar, je ne connaissais pratiquement pas Warren Ellis. Or, depuis, j'ai eu l'occasion de lire entre autres Transmetropolitan (et de vous en dire tout le bien que j'en pensais). Aussi, quand j'ai vu que Panini/Wildstorm ressortait le run originel d'Ellis créant The Authority, je me suis jeté dessus, me disant que ça devait coller, vu les excellents souvenirs que j'avais gardés du run de Millar.

En effet, The Authority version Millar (dont je vous reparlerai peut-être plus en détail un de ces jours, parce que ça vaut vraiment le coup), ça donnait ça : une joyeuse bande de super-héros anar', à la mauvaise réputation de junkies et partouzards, tout ça parce qu'ils n'hésitaient pas à s'en prendre aux intérêts des grands de ce monde ; « l'autorité » en question, c'était une « autorité morale supérieure », mais la leur propre, puisqu'ils ne s'en reconnaissaient aucune autre, pas même celle de l'ONU, et n'hésitaient pas à recourir aux grands moyens (ce qui pourrait en faire des fafs, mais ils étaient tellement sympathiques que non) ; la BD se montrait d'autant plus jubilatoire qu'elle était farouchement subversive (j'ai appris depuis qu'elle avait eu quelques ennuis avec la censure...), tapant sur tout et tout le monde avec un bonheur constant, et renversant tous les tabous dans un joyeux délire gore et lubrique. Pour la première fois, notamment, je voyais un couple de super-héros homosexuels qui, si vous me passez l'expression, n'étaient pas des tapettes pour autant, et foutaient par exemple une mémorable branlée à un groupe de super-vilains parodiant ouvertement les Vengeurs... Bref : The Authority selon Millar, c'était une BD très politique, très subversive, très trash et hilarante, sorte de version excessive en tout de ses Ultimates ultérieurs (que j'aime beaucoup, hein, et qui sont également très politiques et très subversifs... pour du Marvel). Un comic book super-héroïque très punk, en somme.

Aussi, depuis, connaissant le Warren Ellis de Transmetropolitan, j'ai supposé que Millar n'avait fait que prolonger, à sa manière certes, mais prolonger néanmoins, les thématiques développées à la base par Warren Ellis.

Sauf qu'en fait non, ou quasiment pas. Et que s'il y a bien un peu de subversion dans The Authority version Ellis (et déjà ce couple de super-héros homosexuels, mais Ellis se montre bien plus discret que Millar à cet égard), un peu de politique, un peu de religion également, un peu de gore certes, et, par contre, la même tendance, que je croyais pourtant propre à Millar, à faire dans l'apocalyptique et dans le million de morts à chaque page, s'il y a bien un peu de tout ça, donc, il n'en reste pas moins que The Authority version Ellis ressemble fâcheusement à un team comic comme les autres, indépendant, oui, mais qui ne s'en prend pas aux grands de ce monde... Alors c'est bien écrit, oui ; très bien dessiné, certes (par Bryan Hitch, donc, que l'on allait retrouver plus tard aux côtés de... Mark Millar pour Ultimates !). Mais pas bien original pour autant.

The Authority, donc, dérive à la base de Stormwatch, une série que je ne connais ni d'Ève, ni d'Adam. Le groupe super-héroïque « Stormwatch » opérait sous la direction de l'ONU, mais il a été dissous. Certains de ses membres ont néanmoins pendant un temps souhaité continuer à travailler dans l'ombre, ce qui a donné « Stormwatch Black ». Puis des membres de « Stormwatch Black », tels que Jack Hawksmoor, le « dieu des villes » (qui entre en fusion avec les villes et peut les manipuler), et la « chasseuse ailée » Swift, se sont fédérées autour de Jenny Sparks, « l'Esprit du XXe siècle » (née avec le siècle, elle l'incarne, et peut le projeter sous une forme électrique), pour fonder un nouveau groupe, « The Authority », une sorte « d'autorité morale supérieure », donc, ne prenant ses ordres nulle part, et désireuse de bâtir un monde meilleur. Ce trio de base a recruté de nouveaux super-héros : le Docteur, « shaman de la Terre », héritier d'une longue lignée et junkie notoire ; l'Ingénieur (ou plus exactement le nouvel Ingénieur) aux pouvoirs technologiques, Angie Spica ; et, donc, le fameux couple surhumain formé par Apollo, « le roi du soleil », et Midnighter, « le guerrier de la nuit » (très cuir-SM, le monsieur). Et tout ce beau monde de s'installer dans « le Porteur », un étrange vaisseau naviguant entre les mondes, dans des univers tous plus frappadingues et poétiques les uns que les autres.

Le volume contient douze épisodes, soit l'intégralité du run de Warren Ellis et Bryan Hitch, qui se décompose en trois story arcs. Le premier est probablement le moins intéressant, qui voit nos super-héros faire face à une menace terroriste totalement gratuite venue de l'Extrême-Orient (parodie du péril jaune d'antan ?). Le deuxième, plus délirant, est aussi plus sympathique, avec son invasion de la Terre par une armée venue d'une Terre parallèle sous la coupe d'une Perfide Albion semi-extraterrestre et anglo-sicilienne. Le dernier est enfin probablement le meilleur et – relativement – le plus subversif, avec son côté lovecraftien et son retour de Dieu à la veille de l'an 2000...

Tout ça se lit, oui, mais sans grande passion. Et c'est finalement un peu fade... Une confirmation supplémentaire, à mes yeux, que si Warren Ellis est un excellent scénariste dès qu'il s'éloigne du terrain balisé des super-héros – ce qu'il a montré notamment avec Transmetropolitan, donc, mais aussi Fell, par exemple, ou encore Desolation Jones, du moins pour ce que j'ai pu en lire –, il ne se montre finalement guère convaincant dès l'instant qu'il doit manier des tapettes en collants fascistoïdes.

A contrario, tout cela ne fait que me renforcer dans mon image positive de Mark Millar, que je vois décidément bel et bien comme un des meilleurs scénaristes du genre à l'heure actuelle, capable de faire des merveilles avec des super-héros : des scénarii à la fois palpitants, inventifs, intelligents, subversifs, et jubilatoires. Du coup, il va vraiment falloir que je me procure Wanted et Kick-Ass, notamment... Et peut-être aussi, un de ces jours, que je vous cause de certaines de ses BD, comme ses The Authority, donc, mais aussi ses Ultimates, ou encore son fort sympathique Superman: Red Son, belle « uchronie de fiction » où la capsule de Superman, au lieu de tomber aux Etats-Unis, tombe en Union Soviétique, et qui va (ou vient de ?) être rééditée chez Panini/DC. Avis aux amateurs...

En attendant, ce « premier volume » est donc bel et bien une cruelle déception, sur lequel je ne saurais trop vous conseiller de faire l'impasse ; par contre, s'il doit présager d'un deuxième volume reprenant le run de Millar, ce sera une toute autre histoire...

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