Le numéro que vous demandez n'a pas envie de vous répondre.

Avis sur Un monde un peu meilleur - Les Nouvelles...

Avatar Alex D. Wolf
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A ma première lecture, ce nouveau tome de Lapinot m'avait un peu laissé sur ma faim. Je ne retrouvais pas côté incisif et rentre-dedans de La Couleur de l'Enfer ou de La Vie comme elle Vient, je ne gardais pas en tête de phrases-choc comme "c'est facile de manifester depuis chez soi...". Bien entendu, retrouver le trait rond et les couleurs de Trondheim, cette galerie de protagonistes et ses tons au vitriol, c'était un plaisir, mais pas celui qui justifie treize ans de délai. Maintenant que je l'ai relu, après un ou deux ans, il en ressort que l'album a en fait un message central, pas très clair, mais unique, traité avec pas mal de recul : la communication.

Personne ne communique correctement dans cette réalité si proche de la nôtre. Tout le monde suppose les intentions de l'autre sans les demander ni même les chercher. Rien que demander un crayon est une épreuve vu que les passants supposent que c'est pour taxer de la thune ou autre (les citadins approuveront). Et même quand ils dialoguent, les gens cachent ou tordent leurs vraies intentions. Le plus bel exemple de ça est Nadia, tombée du côté le plus obscur et puant qui soit de "l'information", tandis que Richard est toujours un "menteur bienfaisant".

Le "pouvoir" de Gaspard est une cristallisation de ce malaise : il peut voir les intentions des gens, il n'a pas à les supposer. On en devine certaines sans ça, mais ça explique pourquoi on n'a pas envie d'interagir avec eux. On n'a pas envie d'être mêlé à ces émanations de doutes, de rejet et d'agressivité, et on se replie sur les nôtres, dans une spirale infernale. A une époque où l'information n'a jamais circulé plus vite et plus mal, où chacun est en quête de gens de confiance pour se protéger de tous les autres, le message est d'autant plus pertinent. Et pour se lier dans ce climat où la confiance et le contact sont si durs, pour ne pas tomber sur des personnes douteuses, on compte sur des applis, des réseaux intangibles, des fiches remplies arbitrairement et des contacts imprévus pour "faire le tri" comme Cléa, qui d'un côté, cherche la compagnie à tout prix, mais de l'autre, projette ses incertitudes sur ces gens qu'elle est pourtant venue chercher.

Ce malaise explose dans une pantomime un peu trop décousue et artificielle, où chaque partie laisse éclater son rapport à la communication : sensationnalisme du mensonge, clientélisme de l'exagération, méfiance voire opposition, tout cela parce qu'une seule personne a voulu communiquer, sincèrement et sans arrière-pensée, la réalité qu'elle a vu. Dépassé par cette mascarade, notre Lapinot termine pourtant sa pénible journée en accord avec son idée de "la vieille école" de la communication : en discutant, en échangeant, en apprenant à connaître une inconnue, cette fameuse Cléa, qui dépasse en une planche son postulat de base, pour devenir plus franche, plus intègre. De toute façon, Lapinot a tout à gagner à faire son deuil de son passé avec Nadia : sur base d'un simple malentendu, d'une erreur de communication, la journaliste a rompu tout dialogue, mais elle a aussi cessé d'être une chercheuse de l'authentique pour devenir une chasseuse de scoop. Un grand écart comparé à Richard qui n'a pas l'air de s'être beaucoup remis en question, alors que ses pitreries lui ont pourtant fait frôler la mort...

Est-ce là le début d'un renouveau de la série, vers un propos plus "insidieux" que les précédents tomes, toujours sur ce ton désabusé et cynique ? Ou est-ce la simple reprise d'une formule bien posée qui a déjà fait ses preuves et qui ne demande qu'à reprendre la piste ? Seuls les futurs tomes nous le diront, si nous voulons bien les lire sans supposer de leurs intentions !

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