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Un printemps à Tchernobyl

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Avril 2008. Emmanuel Lepage arrive en Ukraine, près de Tchernobyl. Accompagné de l’illustrateur Gildas Chasseboeuf, il se rend sur place pour réaliser un reportage sur la vie des survivants et de leurs enfants à l’ombre de la centrale.

D’abord terrorisé par les risques de contamination, le dessinateur va finir par appréhender les lieux avec davantage de sérénité et découvrir que, malgré l’horreur de la situation, les habitants résistent et s’organisent.

Si le début de l’album est particulièrement anxiogène, les choses basculent peu à peu par la suite. Bien sûr les autochtones vivent dans une misère totale, « abandonnés à leur sort avec l’alcool et la foi comme seuls horizons » mais leur accueil est chaleureux, la joie de vivre reste présente malgré tout et l’entraide n’est pas un vain mot. Lepage va aussi s’apercevoir qu'il n'y a pas à Tchernobyl d’animaux à cinq pattes, que le muguet continue de fleurir et que les champignons (certes radioactifs) poussent toujours aux pieds des arbres. Venu pour dessiner l’horreur, il constate « l’éclatante beauté des lieux. » Dans ce monde dangereux qui « se cache, triche, ment », il veut « trouver des signes tangibles qui disent la tragédie. » La difficulté pour lui est de retranscrire l’invisible, l’impensable. Dans la zone interdite près de la centrale, il découvre « une terre sans les hommes… et qui s’en passe. […] Une terre d’où les hommes sont exclus, se sont exclus, se sont chassés eux-mêmes. » Venu défier la mort dans un décor de fin du monde il se surprend à constater que la vie, coute que coute, n’a jamais baissé les bras.

Le dessin est sublime, envoutant. Le gris délavé des premiers temps laisse peu à peu la place à la lumière et à la couleur. Quelques grandes cases panoramiques, un découpage plus resserré, intimiste, lorsque les scènes se déroulent à l’intérieur des maisons. C’est simple, beau et efficace, rien à dire.

La sincérité de la démarche de Lepage est remarquable. Il a su retranscrire l’évolution de ses sentiments au fil de son séjour. Impossible pour lui de nier la beauté de cette nature et de cette humanité toujours debout malgré le désastre. Persuadé dans un premier temps qu’il aura matière à réaliser un implacable témoignage à charge contre le nucléaire, il se retrouve au final à proposer un récit qui, sans nier la réalité et le danger permanent de contamination, fait d’abord et surtout la part belle à l’amitié, à l’espoir et à la solidarité. Chapeau bas pour ce tour de force !

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