Milou en mai.

Avis sur Vol 714 pour Sydney - Les Aventures de Tintin,...

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Le titre Vol 714 pour Sidney n'a aucun rapport avec l'aventure racontée dans l'album, ce qui tombe bien, puisque la dite aventure en est à peine une, ou plutôt est une non-aventure, aussitôt oubliée par ses protagonistes.
On comprend pourquoi Hergé était collectionneur d'art moderne...

Apostolidès a montré la capacité du personnage de Tintin à se métamorphoser d'un album à l'autre. Ici, c'est le genre humain tout entier, pas seulement le héros, qui semble avoir subi une mutation anthropologique.
En résumé, chaque être humain semble désormais y haïr son prochain comme il se hait lui-même. Quant au lointain (par exemple les révolutionnaires sondonésiens), il est si lointain et si stupide que l'amour que l'on feint de lui vouer apparaît clairement comme un pur effet de rhétorique.

La fin de l'Histoire, chère à quelques agités du bocal contemporains, semble être advenue, pas pour le bonheur utopique de l'humanité, mais bien pour son plus grand malheur.

La bêtise est universelle : Rastapopoulos est un imbécile qui va jusqu'à déchoir de son rôle luciférien, Carreidas un être infantile menteur professionnel, les révolutionnaires sont les idiots utiles du système (l'album parait en mai 68...), Allan en perd son dentier...
Pas besoin de Dupont/t pour incarner la connerie qui est partout, dans l'album comme dans la réalité.

La frontière entre le Bien et le Mal semble définitivement effacée : Carreidas et Rastapopoulos sont de la même étoffe, celle dont on fait les escrocs.
La seule divinité survivante n'est pas la statue olmèque archaïque rencontrée sous-terre, mais bien le Fric.

On a dit le dessin de l'album laid : c'est vrai, et cela reflète la laideur du monde qui est en train de naître sous le regard visionnaire de Hergé.

Tintin, le Capitaine et Tournesol restent des héros, mais sans emploi, à l'instar de Gaston.

Nulle place pour l'épopée : c'est le monde de Séraphin Lampion qui triomphe, en se tordant de rire devant sa télé (sans doute Hergé a-t-il anticipé la création de Canal+?).

Dérision et violence partout, humour nulle part.

Rastapopoulos avait commencé sa carrière en producteur hollywoodien : il la finit comme Reagan en cow-boy de série B à chemise rose.

Si l'aventure extérieure, l'épopée, est impossible, peut-être reste-t-il l'aventure intérieure.

Hergé est tenté : Ezdanitoff représente Jacques Bergier, l'un des auteurs du Matin des magiciens, et l'album utilise la science fiction à une époque où ce n'est pas encore la mode.

Mais cette aventure intérieure se révèle être tout autant de la pacotille que la vraie vie. Tout au plus annonce-t-elle la psychologisation systématique à venir du monde.
Mieux vaut oublier tout ça, et les héros, à l'instar des âmes platoniciennes, boivent aux eaux bienfaisantes du Léthé.

Que reste-t-il, dans ce monde incroyablement dégradé ?

Milou, bien sûr.

Milou, le seul qui agisse dans l'histoire.

Il ne lui manque que la parole : si je pouvais raconter ce que j'ai vu, on ne me croirait pas.

Il est sympa Milou, comme un fox-terrier à poil dur. Les rottweilers, c'est pour après.

Vol 714 pour Sidney : une grande aventure de Milou et son fidèle Tintin...

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