Qu'a voulu nous raconter Frank Miller ?

Avis sur Xerxès

Avatar Oliboile
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Après ma récente déconvenue sur "The Dark Knight Returns" pourtant unanimement encensé par les lecteurs, je suis allé vers cette dernière parution de Frank Miller avec une certaine circonspection. De plus, étant un inconditionnel de "300", j'avais conscience d'être la cible parfaite pour un potentiel attrape-nigaud : ce "Xerxès" m'avait tout l'air de l'œuvre de commande destinée à surfer sur ce qui reste de la vague, vingt ans après la publication de la fameuse BD et plus de dix ans après son adaptation cinématographique. Et en effet, comme on pouvait s'y attendre, "Xerxès" tente de reprendre la recette de son prédécesseur, un peu comme le médiocre film de Noam Murro tentait de reprendre la recette du chef-d'œuvre (oui, j'assume) de Zack Snyder : à première vue ça y ressemble, ça a un peu le même goût et la même odeur, mais l'imitation reste plusieurs crans en dessous du plat d'origine.

J'ai toujours été convaincu que l'immense qualité graphique de "300" était moins due aux dessins de Frank Miller qu'au travail de Lynn Varley sur la colorisation. Malheureusement, un divorce est passé par là entretemps et Frank Miller a changé de coloriste. Avec Alex Sinclair aux manettes, le rendu de "Xerxès" n'est pas mauvais, loin de là, mais pas à la hauteur de "300"... au moins à mes yeux, car c'est évidemment une affaire de goûts. Au terme de ma lecture, je suis tout de même retourné feuilleter certaines pages qui, d'un point de vue graphique, méritent clairement qu'on s'y attarde.

Pour ce qui est du scénario, celui-ci est découpé en cinq chapitres correspondant aux cinq numéros de la publication américaine. Mais en réalité, on a plutôt trois grandes parties : la première guerre médique et la bataille de Marathon (en -490), le règne de Xerxès (mort en -465) et enfin les conquêtes d'Alexandre en Perse (de -334 à -330). À l'inverse de "300" qui concentrait l'essentiel de son action en quelques jours, "Xerxès" s'étend ainsi sur pas moins d'un siècle et demi ! Autant dire qu'on ne prendra le temps de s'appesantir ni sur les événements, ni sur les personnages... Xerxès comme les autres. Car finalement, le "gros morceau" de la biographie du Xerxès historique est passé sous silence dans cette BD censée lui être consacrée, sans doute du fait que la deuxième guerre médique, avec la bataille des Thermopyles, ait déjà été traitée dans "300". J'ai tout de même regretté de ne pas voir la bataille navale de Salamine ou le franchissement de l'Hellespont, qui auraient complété le récit de "300" sans occasionner une redite. On se contentera donc d'une apparition du jeune prince perse à la bataille de Marathon, de son mariage avec une belle juive (Frank Miller reprenant ainsi la tradition biblique du Livre d'Esther où le roi Assuérus est assimilé à Xerxès), de l'évocation de sa mort brutale, et puis... Et puis c'est tout : on passe ensuite à la lutte de son lointain descendant Darius Codoman contre Alexandre le Grand.

Du peu que j'ai pu lire sur la genèse de cette BD, il semble que celle-ci ait été assez chaotique et étalée sur de nombreuses années. Ceci explique peut-être pourquoi le scénario donne l'impression de partir dans un sens, puis dans un autre, et encore un autre, comme si son auteur avait changé plusieurs fois de fil directeur en cours de route. Le résultat pour le lecteur, c'est qu'au bout du compte je ne sais toujours pas vraiment ce qu'a voulu nous raconter Frank Miller. J'ai vu des thématiques effleurées, des embryons d'idées, mais rien qui soit un tant soit peu développé. Il est d'ailleurs étonnant, quand on connaît les opinions politiques aussi tranchées que controversées de Frank Miller, de ne déceler aucun message sous-jacent qui puisse prêter à discussion ou à polémique.

J'aurais aimé lire une BD qui aurait été pour Marathon ce qu'a été "300" pour les Thermopyles. J'aurais aimé lire une BD retraçant la vie de Xerxès, de sa naissance à sa mort, avec ses succès et ses échecs. J'aurais aimé lire une nouvelle version de l'épopée d'Alexandre, car je crois que je ne m'en lasserai jamais. Mais Frank Miller a décidé de faire les trois en même temps : qui trop embrasse mal étreint ! Il n'a donc pas traité grand-chose. Heureusement, on ne peut pas parler de déception, car à aucun moment je ne me suis attendu à retrouver les émotions que m'avait procuré la découverte de "300" il y a de cela une quinzaine d'années. À l'inverse de son prédécesseur, ce n'est sans doute pas un album que j'aurai envie de relire à intervalles réguliers. Vaut-il tout de même le coup ? C'est simple. Si vous avez aimé "300", vous pouvez tenter "Xerxès" sans toutefois en attendre monts et merveilles. Si vous n'avez pas aimé "300", inutile de vous pencher sur cette "suite" bien inférieure à l'original. Enfin, si vous n'avez pas encore eu l'occasion de le lire, c'est par "300" qu'il faut commencer, et non par "Xerxès".

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