Zero-loss man ou le (loooong) brouillon de Ping Pong

Avis sur Zero

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Deuxième partie du diptyque qu'a consacré l'éditeur Pika (dans sa collection Pika Graphic) à la boxe. Après un très médiocre et agaçant Blue Corner, qu'en est-il de ce Zero, là encore une œuvre de jeunesse de son auteur? (c'est la 2e série suivie de Taiyô Matsumoto, publiée au tout début des années 1990, si j'ai bien suivi le dossier consacré à l'auteur dans le dernier numéro (9) de la revue Atom)

Si le résultat est clairement moins catastrophique et indigne que Blue Corner, nous sommes pourtant là encore clairement face à une œuvre pour le moins imparfaite, le style de l'auteur étant toujours largement en cours de maturation, que ce soit au niveau de la narration ou du dessin. En cela, le manga m'a surtout intéressé en ce qu'il constitue à bien des égards un brouillon de ce que sera plus tard ce chef-d'oeuvre absolu du manga sportif qu'est Ping Pong (1996-1997).

Le manga est toutefois plombé par certains choix narratifs malheureux: si on est sensible à la volonté de Matsumoto de dynamiter la dynamique narrative classique d'apprentissage des manga de sport japonais en nous présentant à l'inverse un personnage arrivé depuis longtemps au sommet de son sport et apparemment indétrônable, le choix de ne se concentrer que sur un unique personnage central (et ultra-unidimensionnel...) finit par desservir l'ensemble qui apparaît, pour ce qu'il a finalement à raconter, comme beaucoup trop long au lecteur qui s'ennuie fortement dès la moitié de l'ouvrage (l'ensemble aurait dû faire moitié moins de chapitres pour apparaître plus équilibré...). Sinon, le manga nous présente une série de combats, et s'achève sur un long combat final, ce dernier étant d'ailleurs le seul à présenter un semblant de suspense, notre héros nous étant présenté d'emblée comme quasiment indestructible. Si les combats sont dans l'ensemble bien orchestrés et dynamiques, bah ça reste un manga de boxe parmi tant d'autres, donc il y a fatalement un sentiment de déjà-vu...On regrette par ailleurs, dans le combat final, le recours à un des clichés aujourd'hui totalement insupportables à mes yeux de ce type de récits: le combattant à moitié mort, défoncé par son adversaire, qui se relève contre toute vraisemblance, tel un mort-vivant, pour lui régler son compte.

Le manga souffre également de ne délivrer au final aucun message clair; en cela la fin est d'ailleurs vraiment surprenante...mais pas forcément dans le bon sens. Il règne sur l'ensemble une atmosphère d'absurdité, certes intéressante et jusqu'au bout-iste, mais qui reste fondamentalement étrange et ne donne pas le sentiment d'être tout à fait maîtrisée. Certains dialogues pseudo-profonds, notamment entre l'entraîneur et le médecin sur la nature des boxeurs et autres sujets passionnants, semblent en outre souvent totalement creux (voire incohérents). Et si l'on retrouve, avec le symbole de la fleur associé au personnage principal, l'un des gimmicks narratifs au cœur de Ping Pong, il n'est ici pas vraiment mobilisé de façon cohérente et à bon escient; à la fin, difficile de dire à quoi l'auteur voulait en venir et le tout semble malheureusement gratuit (du style, "bah, Zero aime juste les fleurs quoi"...).

Voilà pour ce qui est du manga en lui-même: tout sauf un indispensable, hormis pour les (gros!) fans de Taiyô Matsumoto (dans lesquels je me compte bien entendu), qui n'a pas vraiment d'intérêt en lui-même, à moins d'être mis en regard avec l’œuvre ultérieure du mangaka. Donc, un bon conseil: si vous avez du temps et de l'argent à claquer en ce moment, procurez-vous fissa l'intégrale de Ping Pong qui vient de sortir si vous ne l'avez pas encore, et allez explorer en priorité les séries plus récentes de l'auteur!

Concernant l'édition en elle-même, je peux faire quasiment un copier-coller de ma critique sur Blue Corner : hormis le nom de Taiyô Matsumoto sur la couverture, rien ne justifiait vraiment un volume en si grand format (merci pour la place potentiellement prise dans les bibliothèque!) et à un tel prix (forcément vu le format...), pour ce qui demeure un manga sorti des profonds fonds de tiroir de l'auteur et plus largement de l'abondante production japonaise en matière de manga de boxe depuis des décennies. Encore une fois, si vous êtes fans de ce sport, et que vous voulez vraiment vous procurer un manga sur le sujet, précipitez-vous plutôt vers un vrai classique en la matière comme Ashita no Joe!

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