Hastur just came by to say hello.

Avis sur 10 Cloverfield Lane

Avatar Lyusan
Critique publiée par le

Le point sur lequel tout le monde s'accordera avec 10 Cloverfield Lane, c'est je pense la maestria de J.J à créer et à modeler du mystère autour de ses productions. D'une part, avec la surprise de l'annonce du film, mais aussi avec son trailer qui avait, à son tour - et donc au même titre que Cloverfield premier du nom - de quoi intriguer le chaland sans trop laisser d'indices sur son propos véritable, ou encore en quoi le film pouvait être connecté ou non à son prédécesseur.

Mais là où je trouve ça encore plus brillant, c'est dans le traitement du mystère dans le film lui-même. Le doute est tout de même omniprésent dans la grande majorité du film... Howard (campé par l'excellent John Goodman ) est-il digne de confiance ou non ? L'atmosphère extérieure est-elle vraiment contaminée par des retombées toxiques ? Et même, ce film est-il vraiment une suite, à un quelconque degré, du premier Cloverfield ?

Des questions qui trouveront bien entendu toutes leur réponse mais suffisamment tardivement pour permettre au spectateur prédisposé à la paranoïa (que je suis) de s'imaginer énormément d'alternatives parfois complètement improbables, et de pousser la méfiance encore plus loin que le personnage de Michelle.

Parlons d'ailleurs un peu de Mary Elizabeth Winstead, en essayant de ne pas trop déborder d'affection pour l'actrice et de garder un peu de recul, ce serait bien (je le précise, car c'est très dur). Elle tient dans le film le rôle central, un personnage de femme forte qui lui est déjà coutumier (je n'ai pas pu m'empêcher pendant le visionnage de repenser au The Thing de 2011 encore bien trop décrié par certains) qui se présente comme badass dès le début avec son "attaque à la béquille", ce qui explique ses revirements de comportements pour certains un peu inattendus (le dernier quart d'heure). Comme dans le premier Cloverfield elle permet d'inscrire le récit dans une perspective à taille humaine, celle d'un individu solitaire (peu ou prou) confronté à un environnement intégralement hostile et chaotique. Pas besoin de connaître le fin mot de l'histoire pour hésiter entre passer deux ans dans un bunker en compagnie d'un John Goodman lunatique avec un revolver chargé et une atmosphère extérieure toxique...

Au niveau de l'écriture, pas grand chose à redire, si certains éléments scénaristiques semblent sortir de nulle part (comme ce petit truc qui traîne par terre, vous savez), d'autres concernant les dialogues semblent d'autant plus brillants une fois le puzzle reconstitué ( " no contact ", si je me souviens bien de la réplique). Je ne sais si c'est à tort ou à raison mais j'ai retrouvé avec plaisir pas mal de références à Lost, et même si J.J n'y a contribué presque qu'au pilote. On pense naturellement à la backstory de Desmond Hume confiné dans sa station Cygne lui aussi certain de la toxicité de l'air à la surface, mais d'autres éléments sont venus renforcer cette impression de clin d'oeil (la scène de couture notamment).

Je ne m'étendrais pas sur la mise en scène et la bande originale, que j'ai trouvées toutes les deux à la fois appréciables et oubliables, je retiendrais surtout cette volonté louable de vouloir à ce point créer un contraste entre le premier Cloverfield qui se dispensait naturellement de toute bande sonore particulière, là où 10 Cloverfield Lane possède son propre Main Theme récurrent qui permet de mettre régulièrement l'accent sur le caractère oppressant du huis clos.

Quant à la dernière partie du film que beaucoup regretteront sans doute (il est vrai qu'on aurait pu s'arrêter à l'hélicoptère), le fait est qu'elle permet hypothétiquement de rassembler les pièces d'un puzzle encore plus grand, tout en nous ramenant à cette sensation du premier Cloverfield d'un chaos omniprésent, et même, d'un Mal qui nous dépasse sur tous les plans, une fois qu'on prend la véritable mesure des différents dangers (intérieur et extérieur). Une perspective autrement plus glaçante à mon sens qu'une simple inversion des à-prioris de l'héroïne, n'en déplaise à certains - et qui correspond également plutôt bien avec la démonstration monstrueuse des dernières minutes de Cloverfield. Lovecraft ou même Carpenter sont-ils en effet vraiment si éloignés que ça ? Rien n'est moins sûr.

Reste que l'ensemble n'en demeure pas moins maîtrisé malgré les quelques maladresses scénaristiques - il est vrai que le dénouement véhicule quelques clichés, et que la scène finale aurait gagné à reposer sur autre chose. Un manque d'intensité peut-être, ou un timing regrettable, peu importe. Je retiendrais surtout que 10 Cloverfield Lane réussit là où les suites de [REC] ont échoué, en proposant, à travers une continuité, un film qui nous prend certes en permanence à contre-pied dans nos attentes, mais qui n'en reste pas moins également brillant et savoureux. Si cela devait se poursuivre avec ce principe-là comme perspective, alors je t'en prie J.J, keep up the good work.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 530 fois
13 apprécient · 1 n'apprécie pas

Lyusan a ajouté ce film à 2 listes 10 Cloverfield Lane

Autres actions de Lyusan 10 Cloverfield Lane