Le connard qui coince son bras sous un rocher

Avis sur 127 Heures

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Le 26 avril 2003, Aron Ralston un casse-cou attardé s’amuse à explorer les gorges sinueuses de l’Utah. Un beau matin, un rocher lui tombe dessus et le cloue sur place. Le bras écrasé, et coincé dans une crevasse abyssale, son cauchemar peut commencer.. Ainsi que celui du spectateur…
Finalement, le premier élément frappant du film c’est son synopsis, son intrigue totalement sans intérêt. Comment peut-on retranscrire, sans faire chier le spectateur, l’histoire d’un type avec un bras coincé sous un rocher pendant une heure et demi?
Il y’a deux options.
Soit le réalisateur prend un parti-pris réaliste et angoissant et nous plonge au fond de cette crevasse en compagnie de notre malheureux héros dans un trip claustrophobique, âpre et en temps réel.

Soit il considère que la seule bonne manière de ne pas ennuyer le spectateur c’est de faire un film “stylé” avec des effets visuels dans tous les sens, un montage désordonné bourré de flash backs, des mix musicaux de hits des années 70 tels que “Lovely day” de Bill Withers (ou pire “ça plane pour moi” de plastic bertrand), des hallucinations, des visions, des délires, un soupçon de schyzophrénie, pour donner le désagréable sentiment que le film est moins vide qu’il ne semblait l’être au prime abord.
Danny Boyle, et sans surprise (au vu du passif du bonhomme) opte donc pour ce second choix.

Résultat, on angoisse jamais pour le héros qui pourtant va jusqu’à finir par boire sa propre urine pour pouvoir survivre pendant 127 interminables heures dans un canyon paumé, puis finalement s’auto-mutiler en s’arrachant le bras au couteau-suisse pour pouvoir s’extirper de ce funeste traquenard.
La vision dégénérée de Boyle se traduit ainsi : c’est trop frais de crever dans le désert.

Cependant tout n’est pas à jeter dans le film.
Son acteur principal, James Franco qui est tout simplement fabuleux dans le rôle du gamin imbuvable inconscient, qui dans l’horreur et la souffrance va se forger un caractère hors du commun et la maturité de l’adulte qu’il n’a pas réussi à être jusqu’alors.
Le sujet du film, c’est l’évolution de ce personnage.
Personnage qui dispose de tout l’attirail du jeune beauf riche des années 2000, sac en bandoulière, vtt décathlon, mp3, caméra sony, gourde de boy scout, couteau-suisse chinois, boissons sunny delight, toujours en recherche désespérée de sensations fortes…
Attirail moderne qui finalement ne lui sera plus d’aucune utilité au fond de son trou, complètement immobilisé, cruelle ironie…
Confronté à ses démons, ses peurs, ses angoisses (là encore la réalisation de Boyle s’avère de temps à autre assez lourdingue), il va faire preuve d’une humanité assez touchante.
Les quelques scènes de Franco face caméra laissant des ultimes messages à sa famille, sont à la fois drôle, cyniques, et poignantes.
L’absurdité de la situation le conduit même à développer des délires schizophréniques mémorables.

Bref, ce film est fidèle à l’oeuvre superficielle de Danny Boyle. C’est vide, c’est hype, c’est tendance, pas très intelligent, et on peut honteusement apprécier ça.

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