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127 Heures par XavierChan

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Incapable de s'affranchir de son esthétique de cinéma pub qui lui colle aux fesses depuis les années 90, Danny Boyle s'offre une bouffée de grand vide avec 127 heures, film très mineur dans la carrière inégale du cinéaste anglais. Trainspotting et Slumdog Millionaire, ses deux réalisations les plus virtuoses à ce jour, étaient toutes deux baignées dans une esthétique délirante en parfaite cohérence avec leur sujet. 127 heures, trouve quant à lui ses plus beaux moments lorsque Aron Ralston se met à délirer à cause de la douleur, de la fatigue, du manque. Danny Boyle met au service ses talents d'esthète pour mettre en image ce que l'aventurier est entrain de vivre au fond de lui : hallucinations, mirages, remise en question d'une vie pas tout à fait stable, trop loin de ses proches.

Malheureusement, ces rares –beaux-moments n'interviennent qu'une fois le film presque terminé. C'est-à-dire lorsqu'il est en pleine agonie, seul au milieu de nulle part. On parle-là bien du film, pas de Ralston. Auparavant, Danny Boyle aura tenté de varier au mieux sa mise en scène, mais le résultat parait une nouvelle fois bien gratuit (là où les boursouflures prenaient une toute autre dimension dans Trainspotting) puisqu'elle semble être utilisée à des fins qui sont tout sauf cinématographiques : éviter l'ennui. Et même pour un film qui n'en avait pas besoin, certains cadrages font dans le mauvais goût et la gentille provoc (oh la belle langue, l'urine moussante, les muscles bien rouges). Quant au montage et aux split-screens pour faire jolis, ils n'apportent rien d'autre qu'une dynamisation de l'image et du temps. Du procédé pour le procédé, donc. Inutile de se pencher sur l'esthétique dite « révolutionnaire » du film, il suffit de retourner quarante ans en arrière avec le Zabriskie Point d'Antonioni pour voir des étendues désertiques surréalistes. Dommage que le film soit émouvant uniquement dans ses dernières minutes (merci au score de Sigur Ros), preuve d'un Danny Boyle qui se complait dans la recherche de l'exercice de style. Quant au cinéma, on repassera.

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