Martin Bourboulon avait déjà donné dans la propension à faire l’éloge du patrimoine français dans un style de cinéma tout à fait américain, que ce soit avec Eiffel ou son diptyque des Trois Mousquetaires. Si 13 jours, 13 nuits se base quant à lui sur des faits réels, il garde cette patte hollywoodienne tout en chantant un cocorico bien audible.
C’est dans cette continuité qu’il nous livre ainsi cette petite histoire dans la grande, celle de l’évacuation de près de 400 réfugiés de Kaboul lors la reprise du pouvoir des talibans en 2021. Un exode qui donne l’occasion au cinéaste de verser dans les mouvements de foule impressionnants, les caméras qui donnent de longs plans séquences ou qui suivent les mouvements rapides des véhicules avec fluidité, au service d’une tension de tous les instants. On voit que l’argent a été bien dépensé (27,5m€ de budget), ce qui fait plaisir dans une grosse production française. Mais malgré cela, on sent aussi les limites financières du projet, Kaboul n’existant jamais que par les quelques murs de béton de l’ambassade, les grands axes routiers vides et un aéroport en redite du premier décor : la ville n’est jamais identifiée par l’image et se retrouve ainsi interchangeable.
Ceci étant dit, il ne faut pas bouder son plaisir devant un récit bien mené, sans gras, et qui propose leur meilleur rôle à ce jour à Roschdy Zem et Lyna Khoudri. De même que le sujet de l’Afghanistan post-occupation américaine commence tout juste à être évoqué (seul The Covenant de Guy Ritchie me vient en tête), ce qui de facto suscite l’intérêt. On pourra tout de même noter que la narration ne propose jamais de contrepoint, même le soldat initialement réfractaire à l’opération menée par Mohamed Bida (Zem) rentrant dans le rang assez rapidement. Mais bon, le manichéisme est de toute façon assez réel avec les talibans pour que cela se justifie, et la nature “faits réels” de l’histoire interdit toute incursion dans leur camp pour comprendre ce qu’il s’y passe, puisque nous n’avons à ce jour pas l’information.
Non, le véritable bémol vient du traitement de cette histoire dans le contexte géopolitique actuel. Car certes, il n’y a pas à remettre en cause l’acharnement de Bida à vouloir faire sortir un maximum de réfugiés, ni à pérorer sur l’aléatoire des vies que l’on sauve, de celles que l’on laisse sur le carreau et de celles qui s’achèvent pour le bénéfice des autres. Le récit est terriblement réel, et là-dessus Bourboulon prend la déférence qu’il faut. Mais il engage aussi un discours pro-militaire, par l’évocation du père de Bida ou par le rappel des notions d’engagement, qui sonne dangereusement proche de la ligne politique actuelle de notre pays qui nous demande “[d']accepter de perdre nos enfants”. Quand on sait que Bida, dans la vraie vie, a rejoint les listes électorales de Ensemble à son retour en France, on ne peut s’empêcher de voir des proximités discursives.
Passé cet aparté plus idéologique, il faut admettre une réussite formelle à 13 jours, 13 nuits qui à elle seule vaut le coup d'œil.