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Difficile de dire qu'on n'a pas passé un bon moment devant 1917. La trame de l'histoire est intéressante, l'histoire est bien racontée. Le jeu des acteurs est très bon (même si je n'ai pas été touché par la mort de Blake), et la photographie d'une grande beauté. Certaines scènes sont particulièrement touchantes, comme celle ou les soldats anglais écoutent un de leur homologue chanter dans les bois, ou encore la scène finale où la prestation de Richard Madden est courte mais d'une sincérité frappante.

J'ai regardé le film en Imax. Une première pour moi, et il faut avouer que la beauté et la grandeur de l'écran faussent le jugement et qu'on peut se faire sur le film. Avec un peu de recul, les défauts de celui-ci surgissent avec plus d'éclat que lors de la séance, où tout à l'air magnifiquement détaillé.

Quoi qu'il en soir, les reproches que je fais à ce film sont de trois ordres :

Un plan-séquence qui dessert l'action

L'idée d'un plan-séquence sur toute la durée du film n'est pas en soi mauvaise. Tout est question de savoir s'il est opportun de le faire. Dans 1917, certains plan-séquences sont superbes et servent admirablement l'action, comme celui du début qui met le spectateur en totale immersion dans les tranchées, ou encore celui dans les souterrains allemands.

Mais à vouloir immiter Birdman, Sam Mendes s'est brûlé les ailes, et ce pour deux raisons.

Parfois le plan-séquence réduit drastiquement les possibilités de raconter une scène, comme celle de la mort de Blake, qui aurait gagnée à être filmée avec un angle de vue différent, ou encore celle où Schofield rencontre une française et un nouveau-né, qui est en outre d'une inutilité frappante.

Mais là où le plan-séquence est le plus malvenu, c'est qu'il est sensé raconter une scène dans un espace-temps continu, sans ellipse, comme si le spectateur prenait place sur le terrain, au coeur même de l'action. Ce qui convient tout à fait pour une scène fictive dont la durée est la même que celle du plan-séquence. Par exemple, la scène de bataille de The Revenant est incroyablement orchestrée par Inaritu et judicieusement choisie, car elle dure le temps que dure l'affrontement fictif. L'emploi d'un plan-séquence était judicieux dans le film Birdman car les scènes fictives de l'histoires sont montrées en temps réel, et les quelques ellipses qu'on trouve sont évidentes (plan sur le ciel qui s'assombrit puis s'éclaire pour montrer la nuit).

Dans 1917, j'ai été plusieurs fois interloqué car l'histoire fictive avance plus vite que la manière dont l'action est filmée ne le laisse entendre. Prenons quelques exemples, qui seront explicites :

Après la scène où l'avion de l'armée allemande s'écrase (scène très surfaite, avouons-le), voici que nos héros Blake et Schofield sortent le germain de son cokpit en flammes, pour lui accorder des soins. Cruelle charité, car Blake meurt d'un coup de couteau de l'allemand téméraire. Une scène d'une grande tristesse pendant quelques secondes, puis soudain des soldats anglais débarquent auprès de Schofield, tandis qu'à seulement quelques mètres toute la section est en pause, les soldats urinant contre la maison ou discutent. Comment Schofield n'a pas pu les entendre arriver ? C'est invraisemblable. Une ellipse aurait été bienvenue.

Le voilà qui monte dans la camionnette, qui s'embourbe. Quelle énergie dépense Schofield pour la faire repartir ! Seulement, celle-ci parcourt quelques centaines de mètres avant de s'arrêter devant un pont, où le héros descend pour continuer seul sa route. Quel était l'intérêt pour lui de remonter dans la camionnette pour quelques centaines de mètres, sachant qu'elle était embourbée ? Il aurait pu les parcourir à pied. C'est illogique, et ne laisse au spectateur que de l'incompréhension devant l'excès de zèle dont à fait peur le héros pour motiver ses homologues à pousser le véhicule.

Après être descendu de la camionnette, il se décide à passer le pont écroulé. Mais le voilà au milieu du pont qu'il est la cible d'un tireur allemand ! La balle raisonne très fort et plusieurs tirs s'en suivent. Mais puisqu'on est en plein plan-séquence : la camionnette est sensée être à peine repartie (et peut être même pas puisqu'elle était bloquée devant un pont), et les soldats auraient du entendre les coups de feu ! Mais aucune réaction, personne n'arrive à sa rescousse, le véhicule et les anglais se sont volatilisés. Schofield est bel et bien seul...

Enfin, après une course poursuite effrénée, le voilà qui parvient à prendre fuite en se jetant dans la rivière. Rappelons qu'il doit amener au colonel MacKenzie une lettre (écrite à l'encre) et des photographies de positions allemandes ! J'ai bien eu tort de m'inquiéter du sort de ces documents, car 10 minutes après être sorti de l'eau, le voilà au sec, sortant une lettre complètement sèche et à l'encre bien lisible devant le nez de MacKenzie qui sonnera le repli des troupes anglaises.

Plusieurs fois dans ce film, l'action m'a semblé illogique à cause du plan-séquence omniprésent.

Les scènes s’enchaînent à la manière d'un jeu vidéo

Les événements du film m'ont grandement rappelé The Laft of Us, dans la manière dont les scènes s’enchaînent, sans lien les unes avec les autres. On a l'impression que le héros passe des niveaux, pas forcément de plus en plus durs, mais des niveaux où une fois l'action passée, celle-ci n'a plus d'incidence sur le reste de l'histoire. Evidemment, le fait que tout soit filmé en plan-séquence y est pour quelque chose.

Les transitions entre les scènes d'action sont brutales, parfois très mal faites comme la scène où Schofield quitte la ville en flamme pour se retrouver en pleine nuit d'un coup d'un seul, comme si la lumière des flammes cessait d'un coup d'éclairer les alentours. On peut sectionner ainsi le film en plusieurs "niveaux", certes bien réalisés, mais qui enlèvent une harmonie et une unité au film. On a ainsi le "niveau" de la traversée du no man's land, celui dans les souterrains allemands, celui de la mort de Blake, celui du trajet en camionnette, celui de l'arrivée dans le village et les échanges de tirs avec le soldat allemand, celui de la course poursuite dans la ville en flammes, celui de la rivière... Tout le film est construit sur cette logique et cela dessert l'ensemble de l'oeuvre.

L'idée de suivre une sorte d'Odyssée de Schofield a surement été celle de Sam Mendes, mais les scènes sont trop hétérogènes et sans lien les unes les autres pour que cela soit convainquant.

La guerre mal représentée

Enfin, et cette critique ne m'a pas sauté aux yeux lors du premier visionnage, mais m'est venue à l'esprit qu'en lisant certaines critiques sur ce forum.

1917 ne représente pas toute l'horreur de la guerre des tranchées. On ne ressent pas le froid, la peur, les conditions déplorables de vie, la boue et folie des tranchées. Seule la traversée du no man's land représente cela (et c'est une scène qui m'a particulièrement touchée). Pour le reste, les interactions avec les autres soldats ne sont pas assez travaillées. Même la charge des soldats anglais à la fin du film ne convainc pas (celle de Tu ne tueras point était splendide à côté...).

Le film est trop propre, pour le sujet qu'il se prétendait aborder, celui de la guerre des tranchées.

Et pourtant, je n'ai pas passé un moment désagréable au cinéma, au contraire ! L'Imax y est surement pour quelque chose, et le deuxième visionnage fortifiera ou non mon avis sur ce film.

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