6 avril 1917

Avis sur 1917

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6 avril 1917 : Quelques heures à la guerre avec Blake et Schofield ! Il n'y avait qu'un moyen de vivre ça de l'intérieur, de se sentir les pieds là-bas avec eux, de mettre nos pas dans les leurs et d'être trop terrifiés pour penser, un seul moyen pour toute cette terre qui tombe du ciel et la boue qui suce la charpie des hommes, les carcasses de chevaux, les rats, un seul moyen pour aller tout droit en enfer, un seul moyen : un plan-séquence unique et virtuose dont l'évidence n'est pas à justifier. Sam Mendès retrouve son chef-op Roger Deakins (l'homme des frères Coen) pour nous embarquer littéralement dans la petite histoire de deux jeunes soldats britanniques, au moment où la Grande s'accélère. Blake et Schofield ne font pas la guerre. Ils la traversent. Et nous aussi, dans leur sillage tracé du plus grand hasard par la magie hallucinée du cinéma. Quand la prouesse technique rejoint le concept audacieux de l'immersion sensorielle totale, elle vaut bien tous les procédés de la dénonciation. 1917 n'est pas à proprement parler un film de guerre - on y compose d'ailleurs avec le réalisme et les codes du genre - c'est un film à hauteur d'homme dans la guerre, un film qui réanime le temps mort de tant d'images sédimentées et déjà vues. On glisse, on court, on s'arrache la chair aux barbelés, on s'enlise, on ne voit rien, on hurle, on se vide de son sang, on nage dans la puanteur des cadavres, on a peur - en temps réel. La tension ne faiblit pas. Un seul plan-séquence pour se dire que la durée de survie d'un soldat entre deux lignes ennemies est une tournure imminente aux conjonctions obscures. Un seul plan-séquence pour se dire que le danger inconnu redessine un espace-temps inhumain. On se bouscule, on se recroqueville dans le boyau ; on prie, on se jette éperdu sur la crête d'assaut ; on erre, on joue à la roulette russe dans le no-man's land...même la ligne ennemie abandonnée a le cynisme du piège facile. On chante enfin, on se sacrifie, on se sent missionné pour la couronne. Et si donc l'on apprend que le plan-séquence est un faux, cousu de plusieurs plans habilement enchaînés et masqués, qu'importe ! Le langage choisi est bien celui d'une performance sans coupe, ni répit, à résistance et à coeur d'homme. Deux séquences choc : l'excursion, à la faveur d'une ellipse, dans les ruines d'Escout par une nuit aux couleurs irréelles, et la terrible mêlée de rugby finale. Où avais-je lu que l'épreuve physique de la Première Guerre avait remodelé de nombreuses disciplines sportives ? On croit à l'essai transformé de la fiction et du style !

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