Papa, c'est quoi ce putain de monolithe ?

Avis sur 2001 : L'Odyssée de l'espace

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Il aurait eu les Boulle, Pierre, en découvrant ce que Hollywood avait fait de son histoire, en particulier dans la scène finale, magnifique raccourci résumant en une image toute la tragédie du destin de l'Humanité. Eh bien, C. Clarke, Arthur, l'aurait eu également dans l'os quand il le vit se transformer en vaisseau spatial.

Ce sont encore les vieux singes qui font les meilleures histoires.

Un monolithe. C'est quoi un monolithe ? Une grosse porte sortie de ses gonds et qui n'ouvre rien sinon de nouvelles possibilités à ceux qui s'y cassent les dents. Le monolithe reste de marbre, et c'est le monde qui est censé tourner autour pour s'entrouvrir vers un ailleurs, une nouvelle étape.

Un monolithe est une clef. Une borne, un étalon.

2001 ne résout rien. Il suppose. Si le monolithe est une clef, c'est surtout un grand point d'interrogation. Quand la majorité des hommes sont dans la prétention, la résolution ou l'idéologie, Kubrick prend de la hauteur et donne une forme à toutes nos interrogations. Si Alice peut entrer dans un terrier et y découvrir le monde intérieur de ses désirs refoulés, l'Humanité se trouve pris au piège en face d'un grand totem dont nul ne peut prétendre connaître la signification ou le dieu qu'il est censé représenter. L'odyssée, elle est là. Putain, c'est quoi ce monolithe ?! Celui qui pourra prétendre avoir les clefs de cette énigme, qu'il jette la première Pierre à Clarke.

Arthur fait table ronde et Stanley l'érige en totem. Si le Rubik's cube est un hexaèdre parfait composé d'une matrice engoncée superposant à la vue de celui qui le regarde tous les mystères, et les clefs, qu'il contient, le Kubrick's object est un hexaèdre interrogateur qui se dresse vers son énigme sans jamais la résoudre. Autrefois, c'était l'Homme qui se dressait sur ses pattes pour libérer ses mains et s'emparer des outils. A présent, ce sont les outils qui se dressent pour libérer l'Homme de sa pesanteur.

Un autre se jouera bientôt des symboles pour illustrer le devenir incertain de l'humanité, c'est Spielberg dans Rencontres du 3ème type. L'outil se façonne d'abord entre les mains d'un seul homme répondant à une vision, pour se manifester bientôt concrètement devant ses yeux sous la forme d'une colline, un cylindre elliptique trop parfait pour être vrai. Spielberg, de l'allemand, "colline ludique".

Où est passé 2001 ? Il s'est perdu. L'odyssée continue, sans son auteur, sans résolution. On ne finit plus de l'avoir dans l'os, Pierre. Mais l'Humanité continue de rouller, elle.

Alors roulle, mémère. Jusqu'à la prochaine borne. Et au-delà.

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