La récente et très emballante découverte de 28 Years Later m’a donné envie de replonger dans les deux premiers volets, et le hasard des circonstances a fait que c’est la suite de Fresnadillo qui a écopé en premier. Écopé est bien le mot, car mes souvenirs d’une tournure plus claustrophobe dans une zone militarisée sous quarantaine se sont heurtés au flot continu des scories d’une époque où seuls les plus mauvais tics cinématographiques seraient restés.
Car on ne va pas y aller par quatre chemins, 28 Weeks a pris un sacré coup de vieux et portent tous les pires marqueurs de ce début de millénaire. Un montage MTV illisible qui, contrairement au récent volet de Boyle, n’intercale pas une imagerie annexe pour véhiculer une émotion sous la forme de pulsions organiques, mais se contente de hacher menu l’action dans un désir de représentation du chaos, de la frénésie, mais parvient surtout à rendre le tout désagréablement brouillon. Une image qui par ailleurs se pare d’un grain et d’une lumière particulièrement laid, qui plus est lorsque la majorité de l’action est plongée dans le noir. On a même droit à une séquence en found footage, apanage dispensable des années 2000, qui ne parvient en plus pas à mener son idée à bout car proposant des contre-points en caméra distanciée.
Les affres du temps donc, mais qui ne gomment pas pour autant les quelques réussites de l’entreprise. Une introduction efficace qui place directement le spectateur dans cette ambiance où l’émotion n’a plus place face à l’instinct de survie, et où les sacrifices se font de manière froide et rationnelle. Ou cette scène de parcage des réfugiés qui finit en boucherie sans issue, aussi illisible qu’elle fait monter la sauce. La musique de John Murphy, déjà présente sur 28 Days, reste désespérée, lancinante, tandis que le casting mêle futures stars (Renner et Elba), glorioles de l’époques (Perrineau, Byrne), et la figure plus ancrée dans le cinéma britannique qu’est Robert Carlyle.
On peut également mettre en avant son profond nihilisme, qui voit chaque égarement humain puni instantanément par la horde des infectés. La crise ne peut être que contenue que par un calcul désincarné, une politique purement pragmatique et sans état d’âme qui se détache de la sphère micro pour s’intéresser aux conséquences macro. L’individu n’est plus rien d’autre qu’un vecteur de contamination, une variable dans une équation froide, un potentiel numéro de plus dans les statistiques de la vague sauvage. Par l’introduction suscitée, la politique de tabula rasa des forces américaines, ou cet épilogue qui fait de l’incartade faite pour les enfants une erreur apocalyptique, tout porte à un constat sans appel : vous ne valez plus rien face aux risques d’expansion de la horde, à la propagation du virus. Prophétique?
Le passage d’un volet fondateur intimiste à une variation purement Hollywoodienne ne s’est pas fait sans dommages, et si 28 Weeks n’est pas foncièrement mauvais et comporte même quelques saillies bien noires, il n’en reste pas moins daté de bout en bout. A revoir dans le contexte de son époque.