Fear window

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L’argument n’a rien de franchement novateur : un meurtre a lieu en pleine nuit sur une place du Havre, et la police recherche des témoins. Personne n’a rien vu, ni entendu. Jusqu’à ce qu’un résident révèle avoir été saisi par les hurlements de la victime, qu’il ne peut pas avoir été le seul à entendre.

Sur cette trame, Lucas Belvaux tisse un récit aussi efficace dans les thèmes qu’il brasse que pertinent dans son esthétique retorse. Car le film est avant tout un regard urbain, sur la ville orthonormée du Havre, si caractéristique de ces reconstructions de l’après-guerre. Sur cette place, relecture du Fenêtre sur Cour d’Hitchcock, tout le monde feint de ne pas s’entrapercevoir. Le silence est la règle, et la minéralité fait la loi. Les nombreux plans sur la ville, d’une neutralité inquiétante, mettent d’abord en valeur sa beauté géométrique, avant d’aller fouiller du côté autrement plus retors des individus qui la peuplent. C’est avec la même fascination que Belvaux filme les Supertankers du port, accumulation monstrueuse de containers, ville flottante et désincarnée.
L’irruption du personnage d’Yvan Attal, torturé à souhait, fonctionne comme celle du personnage en contrepoint dans les films de Lang, Fury ou M le Maudit : il est celui qui va aller à l’encontre du collectif, et susciter son hystérie collective.

D’un côté, l’ordre voudra se maintenir, le préfet préférant étouffer l’affaire, tandis qu’une journaliste contribuera à révéler ce procès de la lâcheté humaine.
Mais c’est surtout dans les silences que la tension s’exprime : ceux des regards, des pierres qui fusent dans ces vitres qu’on souhaiterait opaques, ces dialogues de couples qui n’avancent pas et s’engoncent dans les non-dits.

Si la fin du film est un peu déceptive, on saura pardonner au scénariste ce petit essoufflement au vu des sommets atteints auparavant, notamment dans la séquence de reconstitution du meurtre, et surtout des cris entendus par tous. La parole est de toute façon impuissante : le désir de catharsis de l’un ne pourra combler la puissance du déni des autres, et les débats qui en découlent sur la nature humaine et la vie en société sont d’autant plus passionnants qu’ils se déploient dans l’indicible médiocrité d’un quotidien qui reprend ses droits. Dans le silence et la circulation d’une ville qui ne demande qu’à laver les flaques de sang qui la souillent.

(7.5/10)

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