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Le film de Martin McDonagh est d'abord un film de personnages. Il fonctionne d'ailleurs un peu à la manière d'une pièce de théâtre, avec une poignée de figures très fortes interagissant les unes avec les autres : Mildred, la mère courage incarnée par une Frances McDormand qui n'a rien perdu de son fichu tempérament depuis Fargo, l'inspecteur Willoughby plus nounours au grand cœur que true detective, James le petit représentant en mal d'amour, moins stratège que dans GOT mais tout aussi coquin, Charlie l'ex-mari con-comme-un-balai et surtout Dixon - alias dick-son - un flic aussi abruti qu'impulsif parfaitement interprété par un Sam Rockwell en grande forme.
De même, l'action se déroule dans quelques endroits seulement : la rue principale de la petite ville d'Ebbing où hôtel de police et agence publicitaire se font face, le champ où se dressent les fameux panneaux de la colère et les maisons des trois personnages principaux.
A partir de ce matériau de base, Martin McDonagh a construit un film tout à fait passionnant sur le plan humain. On sent qu'il a pris plaisir à composer avec ses acteurs, à jouer avec la personnalité des uns et des autres, introduisant une forte dose d'humour dans une histoire qui relève plus de la comédie dramatique que du véritable thriller.
Et de fait, suspense et investigation policière tiennent une place relativement marginale dans un film qui joue davantage sur les rapports de force entre les personnages. Le scénario - non dénué de quelques facilité notamment dans la deuxième partie - est quant à lui assez simple : trois parties ou trois actes si l'on veut reprendre la comparaison théâtrale.

Le premier acte voit l'affrontement entre une femme et un homme, entre la franc-tireuse mal vue des citoyens et le notable respecté, entre l'épouse abandonnée et le mari comblé, entre la mère pleurant sa fille et le père choyant ses deux jumelles.
Le deuxième acte enchaine sur un bras de fer entre le petit flic pétri de haine et la femme incomprise débordée par sa volonté de vengeance. Tout deux se consument - au sens propre comme au figuré - dans leur propre violence. Une impasse.
Le troisième acte permet une évolution des personnages et débouche sur une vraie fausse résolution. Avec une fin ouverte très maligne.


Au delà des joutes verbales ou physiques que se livrent les personnages dans cette représentation toute dramatique, c'est l'état d'esprit de tout un pays que semble interroger le réalisateur.
Soit de façon explicitement ironique avec ces flics qui font preuve d'autant d’immaturité que d'un racisme antédiluvien.

Soit de façon plus subtile, lorsque par exemple on comprend que le principal suspect a vraisemblablement commis les atrocités qu'il a avouées, mais en toute impunité, et "dans un pays très très loin, avec beaucoup beaucoup de sable ! " ou encore dans cette scène finale qui laisse le spectateur sans l'habituelle vengeance cathartique que ce type de thriller lui promet normalement.


A sa manière, un film coup de poing.

Personnages/interprétation : 9/10
Histoire/scénario : 7/10
Réalisation/mise en scène : 8/10

8/10

Théloma
8
Écrit par

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