Les marasmes artistiques des marécages du Missouri

Avis sur 3 Billboards, les panneaux de la vengeance

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Après ses deux premiers films, Bons baisers de Bruges et 7 Psychopathes, tous deux décalés, malins dans leur scénario, ayant réalisé l’exploit de faire jouer correctement Colin Farrel, produits sans génie mais de manière solide, on pouvait s’attendre à une autre réussite de la part de Martin McDonagh. Ce n’est pas le cas. Il s’est en effet égaré dans des dizaines de sujets sans en creuser véritablement aucun. On pouvait se douter que ce serait le cas pour une raison principale : il est sélectionné dans bien trop de cérémonies. Il a fait une rafle aux Golden Globes par exemple et est lice pour plusieurs Oscars. Rien que pour ça, il aurait fallu se méfier.

Quand les extrêmes se rejoignent

Une règle de vie finalement. En voulant jouer la carte du film « cool », qui parle de « minorités », il sombre dans la pensée unique actuelle et dans le politiquement correcte. Eh oui, malgré sa violence, malgré ses grossièretés. Car nous sommes au temps du cinéma sympa et drôle , même si violent, même si vulgaire, nous sommes dans le cinéma américain (même si le réalisateur est anglais) post-Tarantino et post-Lumet. Donc rien d’étonnant, ni de détonnant. Il faut montrer un peu de profondeur ou d’inventivité. Nous montrer une « femme forte », copine avec la « nana sympa africaine-américaine » qui se bat contre la méchante « police blanche raciste et homophobe », même fait avec humour, c’est terriblement maigre artistiquement dans un monde qui se déchaîne sur Twitter à propos de la représentation au cinéma, notamment autour du film Black Panther à l’affiche au même moment. Car c’est cela le problème central de fond : on a le droit de se moquer des rednecks mais pas des autres. Et c’est là où l’on devient vraiment discriminant. D’ailleurs la copine « africaine-américaine » est aussi une fumeuse de joints et une aguicheuse dès qu’elle voit un « congénère africain-américain » ! Là nous avons un beau cliché, tout ce qu’il y a de plus communautariste ! On pourrait aussi gloser sur cette scène de Peter Dinkel qui psalmodie une litanie sans raison apparente sur le fait que lui aussi a droit à de la considération. Sauf qu’aucune autre personnage ne l’a agressé et qu’il est apparu trois fois avant cela dans le film ! Les exemples seraient nombreux. A trop vouloir être cool …
Mais comme c’est couvert par le vernis du pastiche ou de la satyre, la réalisation s’est peut-être dit que cela devrait passer. D’ailleurs quelle forme le film a t-il ? Que veut-il nous dire ?

Où va t-on ?

C’est la question que le spectateur est en droit de se poser tout au long du film. Est-ce un drame social ? Un pastiche ? Une satyre ? Où rien de tout ça ? De toute manière il s’agit de catégories qui peuvent être transcendées. Le problème n’est pas uniquement là. Il porte sur ce que le film souhaite signifier. Et là, les choses se compliquent. Il emprunte une piste et puis une autre, il rajoute des personnages qui n’ont pas de fonction spécifique, qui n’ont une utilité qu’à l’intérieur de la volonté de vouloir faire un film qui soit perçu comme progressiste et cool. Donc quasiment aucune. La réalisation propre mais répétitive ne nous aide pas plus à décoder ce mystère. La dernière scène finit quand même par nous donner un renseignement : l’histoire ne sait pas où elle va et donc s’oblige à tout nous expliquer avec cette scène en trop. En effet, alors qu’un dernier plan sur la voiture qui part au loin avec Mildred Hayes et Jason Dixon dedans permettait de conclure élégamment cette histoire de trois panneaux publicitaires, on revient à l’intérieur de la voiture pour écouter une conversation qui raconte ce que le spectateur attentif a déjà compris ! Un dialogue qui pèse trois tonnes. Cela donne l’impression que l’auteur lui-même n’a pas confiance dans la lisibilité de son propos. Pas franchement rassurant. Rajoutons que le rythme est au mieux lent, au pire moribond et que les acteurs, mis à part Woody Harrelson, font leur travail mais pas plus, sauf Sam Rockwell qui cabotine comme un Pacino dans un film de De Palma. Pénible.

Les points positifs

Et il y en a ! Woody Harrelson donc, très à l’aise dans un rôle taillé pour lui. La musique, qui est l’immense point fort du film et sauve plus d’une fois une scène convenue de plus comme il y en a tant dans ce métrage. Quelques gags qui fonctionnent. C’est à peu près tout. Par extension, tout cet étrange mélange bienpensant permet de réfléchir sur l’état du cinéma anglo-américain, sur les nominations dans les différents festivals et la vacuité de l’ensemble du mécanisme. Évidemment, ce n’est pas suffisant pour justifier deux heurs de présence dans une salle obscure.

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