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Puissiez-vous être déjà au paradis avant que le diable n’apprenne votre mort

Avis sur 7 h 58 ce samedi-là

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Critique publiée par le

Sidney Lumet a 84 ans lorsqu'il entame le tournage de son dernier film.
Qui aurait cru qu'il arriverait encore à surprendre son public ?
Auteur de chefs d'oeuvre intemporels et de ratages impardonnables

Son imbuvable remake de Gloria avec Sharon Stone qui singe Gena the Greatest...

il nous offre un film noir pessimiste à la mise en scène percutante.
On ne peut plus voir ce film comme UN film de Lumet mais comme le DERNIER film de Lumet.
La force du film, au delà de son scénario, réside en la particularité de son montage.
Les chapitres, exception faite de la scène d'introduction, sont découpés en parts égales entre Hank, Andy et Charles leur père.
Le réalisateur ne nous propose pas un simple point de vue croisé mais vraiment s'attarde sur chaque personnage. Les flash backs n'ont rien de gratuit mais cette construction fragmentée s'accorde au chaos mental des membres de cette famille à la dérive.

Le trio d'acteurs (Le regretté Philip Seymour Hoffman, Ethan Hawke et Albert Finney) est exceptionnel. Leur prestation offre au réalisateur une incarnation des personnages qu'il a construits extrêment riche et l'émotion qu'ils dégagent et font naitre permet au métrage de se distinguer.

Le cambriolage suscité par le besoin d'argent des deux frères n'est qu'un prétexte scénaristique. Il n'est là que pour servir de révélateur aux plus bas instincts des protagonistes en particulier et de l'humanité en général.
Le sujet est ici le choix entre le bien et le mal et la corrélation avec la citation de Dante montre la descente aux enfers et les différents stades de dégradation de ces derniers.
L'entonnoir qui conduit aux enfers commence avec l'indifférence des deux hommes à leurs parents "Tu honoreras ton père et ta mère".
Les non-dits, les rancoeurs enfouies font que les rapports sont tendus en plus d'être distants.
Les relations entre Hank et Gina sont une étape supplémentaire vers l'abîme.
L'enchaînement des faits jusqu'à la terrible dernière scène entre Andy et Charles... marque les différentes étapes qui les conduit vers le fond.

La caractérisation des deux frères, le regard que les parents (le père pour être plus précise) portent sur eux et celui qu'ils ont sur eux-mêmes est finement mise à mal au fil des événements auxquels ils sont soumis.
Hank le fils protégé, faible et qui n'agit pas, préférant se laisser porter et subir plus qu'autre chose.
Andy, facade de l'homme qui a réussi, sûr de lui mais qui se révèle jaloux, insécure et se sert don métier pour donner un semblant d'unité à sa vie.

Mais moi, ma vie, elle s’additionne pas. Rien n’est connecté à rien. Je ne suis pas la somme des éléments qu’elle compose. Mes éléments ne s’additionnent pas pour faire un seul moi, je suppose

Les chiffres qu'il brasse toute la journée s'additionnent, eux et on a un résultat.

Le regard des femmes du film sur les hommes qui leur sont proches ne se voile d'aucune illusion. Aucune n'a confiance, estime ou une quelconque attente envers leur mari, amant, frère, père ou amant. Il est clair que l'expérience leur a montré, prouvé qu'il est impossible de compter sur eux d'aucne manière, qu'ils sont systématiquement indifférents et décevants.

La réalisation se fait discrète même si quelques plans séquence virtuoses montre que la patte du maître est bien présente et toujours au service de son histoire. L'ultime oeuvre du cinéaste est habitée par une mélancolie présente jusque dans les décors. La scène entre Andy et son père est terrible à ce niveau là et rejoint la splendide scène finale où tous les non-dits, l'accumulation des regrets et des rancoeurs, le mélange amour haine sont la source de ce geste définitif aussi atroce que poignant.

Un dernier film qui se transforme en masterpiece troublante et éprouvante.

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