La beauté de la nostalgie

Avis sur 90's

Avatar Emilien Berenfeld
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Mid90s, c’est l’histoire d’un jeune garçon, martyrisé par son grand-frère, qui peu à peu s’affranchit du milieu familial par le skate-board et les rencontres. Le scénario, d’une grande simplicité, sous-tend une évolution complexe du personnage qui peine à trouver son équilibre, tant il est retenu par les violences physiques et psychologiques qu’il subit.
Ce qui est frappant dans ce film, c’est la manière dont il parvient à créer une formidable empathie du spectateur envers le personnage principal, le jeune Stevie, dont on aura l’impression de connaître les violences qu’il subit (et d’être familier avec le comportement de son grand frère) et de comprendre la rage qui l’anime. C’est donc les dents serrés qu’on assiste aux scènes d’automutilation, violentes tant dans ce qu’elles montrent que par leurs brusques et imprévisibles entrées dans le film (on gardera en tête notamment la scène où il tente de s’étrangler avec le câble de la console, la violence du geste étant exacerbée par de glaçants bruitages).
S’émanciper, trouver sa voie et son médium d’expression, tels sont les évolutions que tende à connaître Stevie tout au long du film ; tandis qu’il essaie de faire sa place dans le groupe des skatters, il tente de défaire celle qui était la sienne au sein de sa famille, qui, malgré la bienveillance de sa mère, le bride dans son épanouissement. Certaines étapes initiatiques donnent lieu à des scènes d’une profonde beauté, et chacune de ces étapes semblent accompagnée d’une musique bien particulière, tant elles formeront dans la mémoire de Stevie ce souvenir mélancolique que l’on prête aux chansons. Ainsi, lorsque la merveilleuse chanson de The Mamas and the Papas, Dedicated to the one I love, se lance, c’est pour accompagner la première descente en skate de Stevie, au sein du groupe (même si, à ce moment du film, il reste en arrière), et on ne saurait s’empêcher, comme le personnage, d’avoir ce sourire un peu bête au coin des lèvres, à peine contrôlable face à l’écart qu’il subsiste entre ce que représente cette descente pour les initiés du sport, et ce qu’elle représente pour Stevie. Plus tard dans le film, le sublime titre d’Omega, Pearls in her hair (dans sa version anglaise), accompagne la bande dans un dangereux exercice qui consiste à sauter par-dessus un trou sur le toit d’un parking. Les gros plans sur le visage de Stevie ne laissent planer aucun doute sur ses intentions : on sait qu’il va tenter le périlleux saut. Lorsqu’il s’élance, son geste se synchronise avec le refrain de la musique, la caméra s’élance dans un panoramique pour le suivre, et nous, face à l’écran, la peau parcourue par un léger frisson quand ses amis lui crient qu’il n’a pas assez de vitesse (on constatera d’ailleurs assez aisément que c’est le cas) on attend les yeux grands ouverts l’issue du saut que l’on aurait pu imaginer plus dramatique.

Stevie a raté son saut, bien sûr. Mais, à peine blessé, il a franchi une étape, tant dans le groupe qu’il parvient à mieux intégrer par son audace que dans son parcourt initiatique global.

La photographie du film est solaire, vibrante, et le grain apporte à l’image un aspect de non contrôle contrebalançant avec subtilité la précision quasi chirurgical de l’image en terme de cadres et de mouvements ; Hill ne cède pas à cette manie désagréable de créer des ruptures en passant en caméra portée dès que l’on ressent une augmentation de la tension dramatique, mais prend toujours le temps de poser ses cadres et de réfléchir ses compositions, sans que cela se ressente particulièrement.
Jonah Hill choisit, pour nommer son premier long-métrage, la période dans laquelle celui-ci se déroule. Choix déroutant, tant l’histoire qu’il nous raconte semble s’affranchir du temps dans lequel elle se déroule, dépassant le simple cadre de l’époque dans laquelle les personnages évoluent. Pourtant, tout semble vouloir nous ramener à cette époque, dans le choix du support filmique déjà (un 16mm vibrant au magnifique grain) que dans des détails de l’intrigue. La bande son est d’ailleurs empreinte d’un puissant amour pour l’époque du film, de nombreux morceaux des années quatre-vingt-dix et antérieurs viennent agrémenter la bande original de Trent Reznor et Atticus Ross, comme pour enrober cette histoire presque intemporelle dans un écrin de nostalgie.

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