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Until all the world has changed

Avis sur A Ghost Story

Avatar Dream
Critique publiée par le

C'est un très bon film qu'il aurait été préférable d'amputer d'une vingtaine de minutes. Que Casper s'égare, la mémoire confuse, dans un futur auquel il n'est plus du tout rattaché et qui a tout oublié de lui, aurait été l'image que j'aurais souhaité en conclusion du film. David Lowery décide d'être moins pessimiste pour offrir une porte de sortie à son personnage. Même si la fin est très belle, avec un dernier geste d'amour qui après des milliards d'années permet à Casper de trouver la paix et d'enfin s'évaporer, toute la partie qui la précède est en trop et amenuise un peu l'effet qu'avait jusque-là réussi à produire le film.

L'effet que procure A Ghost Story, peu commun, provient du fait qu'il se place non pas du côté des vivants comme la majorité des films qui évoquent la mort, mais du côté des disparus. Ce sont eux, êtres muets et sans visages, recouverts d'un drap immaculé qui symbolise leur disparition, qui s'accaparent notre attention et nos émotions. Casper, mort, se relève dans son lit d'hôpital et, refusant le passage vers l'au-delà, arpente le Texas pour retourner dans cette maison qu'il a toujours curieusement chéri. Il y retrouve sa femme, une Rooney Mara fragilisée par le deuil, veuve et au moins aussi apathique que le fantôme blanc qui l'observe. Et il se pose là, hasardeusement dans le décor, comme une deuxième caméra.

Au début je me demandais d'ailleurs l'intérêt de présenter le deuil sous cet angle, jusqu'à ce que Rooney Mara redresse la tête et retrouve goût à la vie et qu'alors tout le procédé du cinéaste prenne sens : l'endeuillé est désormais Casper qui regarde impuissant sa femme tourner la page et ne laisser derrière elle qu'un bout de papier, sorte de petit objet qui condenserait en quelques lignes cet amour perdu. Les ellipses se font alors suite, par le montage ou par le décor, et Casper à moitié immobile voit le temps passer et les saisons défiler et la vie l'oublier comme elle oublie sa voisine fantôme qui dans un mauvais présage préalable lui disait « je ne sais plus qui j'attends ». Elle est là, la beauté de A Ghost Story : un drap que tout oubli et qui finit par lui-même perdre la mémoire.

C'est la mise en images d'une peur qui va au-delà de la peur de la mort, qui est celle de la disparition totale. Que Casper soit encore présent, assistant à sa propre disparition totale est d'autant plus cruel puisqu'il semble s'accrocher à ses souvenirs, à ce qu'il a vécu, à toutes les belles choses qui ont pu faire de lui un homme heureux. Les plans sont donc longs, fixes, silencieux, le format resserré, et c'est ce qui en fait un film aussi puissant dans l'exposition de ce chagrin sans remède. C'est dans ces moments-là que j'ai trouvé le film plus fort, et c'est pourquoi j'aurais voulu le voir se terminer sur un Casper éperdu qui ne sait plus au juste ce qu'il fait là ni qui il attend.

Lowery préfère conclure sur la jonction entre les morts et les vivants, d'abord par une chanson qui par la voix réunit les deux mondes et enfin par ce mot, trésor de la mémoire qui ressuscite et se récite aux seules oreilles de Casper comme une dernière caresse, chargée d'un sens que chacun s'imaginera puisqu'après tout ce genre de film on peut en dire ce qu'on en veut mais finalement ce qu'on en pense vraiment on le gardera évidemment pour soi.

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