On achève bien les fantômes

Avis sur A Ghost Story

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Très belle expérience que ce long-métrage de David Lowery, qui revient de loin, après son Les Amants du Texas laborieux – et très certainement desservi par un titre traduit à la truelle, french touch – et une participation remarquée à la réalisation de l’excellente série Rectify, tout en pudeur et en sensibilité.

Il faut saluer l’audace – relative – de ‘a Ghost Story’ qui n’a pas peur d’exiger de son public un certain calme, une certaine attention et une réelle discipline intellectuelle. Les plans sont longs, les dialogues réduits à l’épure la plus claire et le rythme trahit bien toute l’attente austère à laquelle la mort condamne le fantôme de cette histoire. Sans basculer tout à fait dans le nombrilisme abscons d’une certaine partie de la production cinématographique aux choix esthétiques tranchants, David Lowery réussit un bel exercice d’équilibre entre la pertinence d’une narration visuelle d’une richesse rare et une photographie débarrassée du superflu. En film, en cela, accomplit le même chemin que le personnage très justement campé par l’excellence Rooney Mara : il avance, en embrassant tout à la fois son caractère incomplet et la nécessité brutale de laisser parfois de très belles choses derrière soi.

Il est tout à fait pertinent d’avoir dépassé le motif du deuil et le seul cadre du couple qu’anime cette dernière aux côtés d’un Casey Affleck tout en retenu, dont le caractère brut rappelle la récente prestation de Joaquim Phoenix dans You Were Never Really Here. Après ses participations remarquées aux long-métrages Gone Baby Gone et L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, l’acteur confirme ici toute la sombre sensibilité de son jeu, sa pudeur et sa justesse. Car ‘a Ghost Story’ révèle toute sa profondeur lorsque le deuil sert de porte d’entrée vers un véritable questionnement candide du rapport au temps et de la relativité de l’expérience individuelle face au maelstrom d’expériences continues dont la Terre est l’écrin. Le propos, seulement desservi par la seule scène trop bavarde et didactique de ce long-métrage, est d’une douceur incroyable et d’une pertinence innocente ; lentement tissé dans ce ciel qui hante la plupart des plans de ‘a Ghost Story’, ce singulier plaidoyer pour la modestie, la paix et la bravoure bouleverse, assomme et apaise autant qu’il surprend un public habitué aux itérations plus primaires des cinéastes contemporains.

On se surprend, en quittant la salle, à jeter un coup d’œil au-dessus de son épaule ; à interroger du regard le tressaillement soudain d’une ampoule ; les murmures imperceptibles d’un roman aux pages battues par le vent et le craquement solennel des meubles qui nous entourent. C’est cela, aussi, la beauté de ‘a Ghost Story’ : savoir nous rappeler l’omniprésence des expériences alternatives et la saveur des interactions passées. Comme on aimerait, le temps d'un instant, saisir le ballet d'un souvenir suspendu et lui offrir la plénitude à laquelle aspire celui de ce long-métrage...

Reste une OST doucereuse et fantastique, soulignant à merveille quelques dialogues aux failles délicieuses :

'J'attends quelqu'un.
- Qui ?
- Je ne me souviens plus
.'

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