A director is born !

Avis sur A Star Is Born

Avatar Red Arrow
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Dans un premier temps, impossible de ne pas être pas emporté par cette espèce de romance intemporelle et musicale que signe Bradley Cooper en guise de premier long-métrage !
On comprend finalement assez vite pourquoi cette histoire d'amour entre deux âmes égarées ayant voué leurs vies à la musique possède cette faculté de traverser les décennies sans avoir à souffrir de l'usure de temps. Bien qu'elle soit racontée pour la quatrième fois, sa base semble figée pour l'éternité et ses branches suffisamment grandes pour se raccorder à n'importe quelle époque, à condition toutefois que le cinéaste chargé d'établir ce liant ait le talent et la vision pour le faire (c'est bel et bien le cas ici, rassurez-vous). "A Star Is Born" est une de ces rares romances qui, sur le papier, aurait tout pour être considérée comme désuète mais qui trouve le moyen de partir des bons sentiments parfois un brin naïfs sur lesquelles elle repose pour se diriger vers quelque chose qui touche à l'universalité des émotions en évitant totalement l'écueil de la mièvrerie, un vrai tour de force que Bradley Cooper réussit plutôt brillamment.

Sur un tube français tout aussi éternel que cette histoire, la rencontre magnifique de simplicité entre Jackson Maine, célèbre musicien alcoolique sur le déclin et Ally, jeune chanteuse anonyme amenée à connaître la lumière des projecteurs, touche instantanément. Lui, à travers les yeux embués de Bradley Cooper (parfait en mythe rongé par ses démons), est tout simplement ensorcelé par la prestation de l'âme soeur mise sur sa route par le destin et elle, jeune femme à la voix d'or mais tellement complexée par son physique qu'elle est persuadée qu'il lui fermera les portes d'une potentielle carrière, tombe sous le charme de cet homme qui la regarde comme aucun autre ne l'a sans doute fait. Pour le rôle de cette dernière, Bradley Cooper n'a pas choisi de filmer Lady Gaga mais celle derrière les artifices du monde du spectacle, l'actrice et chanteuse Stefani Germanotta qui, mise à nu, transmet une fragilité insoupçonnée à ce rôle et probablement quelques-uns de ses rêves innocents d'un passé pas si lointain afin de livrer une prestation exceptionnelle.
Ce coup de foudre autant amoureux qu'artistique irradie donc sur toute la première partie de "A Star Is Born", chaque séquence de concert auxquelles, chose rare, Cooper donne une identité visuelle unique malgré leur répétition, fait exploser un peu plus leurs sentiments grandissants à l'écran avec, évidemment, comme firmament leur chanson en duo, le tube "Shallow". Mais l'orage de la soudaine célébrité d'Ally et l'emprise de l'alcool sur Jackson va bientôt entraver la force de leur relation...

Ce sera la direction choisie par une deuxième partie, très inégale, qui va bizarrement se montrer bien moins fine que la première en se perdant dans certains excès.
Déjà, il y a ce discours un peu flou sur la perte de personnalité artistique d'Ally au profit d'un statut de star aseptisée afin de plaire au plus grand nombre. Clairement dénoncé dans un premier temps, le film paraît délaisser ce propos comme si, finalement, c'était une fatalité qu'il est impossible de combattre. Cela impacte ainsi considérablement notre attachement au personnage d'Ally, incapable de conserver son intégrité et il devient dès lors très dur d'avoir le même regard compatissant que l'on avait sur elle au début, on en vient carrément à prendre parti pour celui de Bradley Cooper qui noie sa culpabilité d'avoir créé un monstre dans un océan d'alcool et on n'est pas tellement sûr que le but recherché était bien celui-là.
Ce dernier va d'ailleurs devenir une caricature sur pattes au point de faire n'importe quoi, bien trop n'importe quoi... En ce sens, la séquence des Grammys en est le pire symptôme, on a dû mal à saisir comment Bradley Cooper (le réalisateur, le co-scénariste et l'acteur) ne s'est pas rendu compte que la crédibilité du personnage allait en prendre un sérieux coup dans l'aile en poussant autant le curseur de l'excessif pour friser le grotesque. C'est d'ailleurs tout le problème de cette deuxième partie qui perd en émotion et en subtilité ce qu'elle gagne en raccourcis et en excès.
Attention, l'alchimie entre Bradley Cooper et Lady Gaga illumine toujours le film et il reste encore de très jolis moments à se mettre sous la dent mais, à l'instar de sa chanson finale dont on attendait un tourbillon de sentiments mais qui se révèle être bien trop banale, la magie tant adorée de la première partie n'y est plus.

Il n'en demeure pas moins que, pour une première œuvre, Bradley Cooper a réussi un très joli film à la fois parfaitement conscient du côté intemporel de ses émotions et en prise avec les espoirs/désillusions propres à notre époque. Certes, "A Star Is Born" ne tient pas toutes ses promesses sur la durée mais sa première partie touchée par la grâce et ses deux comédiens exceptionnels (ne pas oublier Sam Elliott également) valent à eux seuls le déplacement.

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