Pas de repos pour les braves ?

Avis sur À bout de course

Avatar VilCoyote
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Juste après avoir vu et adoré A bout de course, j'ai eu envie d'écrire quelques mots dessus. Et là c'est le drame, je réalise que c'est pas simple d'expliquer tout ça, de trouver un angle précis, car c'est une oeuvre qui ménage ses effets et préfère s'imprégner d'une force tranquille, de celles qui grandissent doucement et sûrement.

En y réfléchissant un peu, peut-être que l'élément qui résume le mieux la nature du film est sa bienveillance. On la ressent du début à la fin de cette histoire, infusée par l'ensemble des personnages. Et dit comme ça c'est pas très emballant, faut le reconnaître. Ça ferait presque peur même, tant la bienveillance peut sans trop prévenir basculer dans le mièvre, le tiède, et au final dans quelque chose qui est dénué d'enjeu. On pense au proverbe "trop bon trop con", ou encore à l'adage "On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments", qui peut aussi faire office d'idée reçue dans le cinéma. De la même manière que si un fille te dit que t'es "vraiment gentil", on va pas se mentir, t'auras jamais qu'un bisou sur la joue.

C'est donc ici tout le talent de Sidney Lumet : consteller son film de bonnes personnes, de bonté, tout en y insufflant dans un même mouvement de la force et du tourment. Des enjeux il y en a, on assiste même au moment charnière d'une existence. Il est question d'avenir, de choix irréversibles, de remords pesants aussi. De notre propre identité qui nous échappe. Sur ce terreau naîtront des conflits, des tiraillements, avec simplement la particularité de rester entre gens aimants et soucieux des autres. Et une comparaison qui me vient à l'esprit est celle de l'écriture de Steinbeck, lui aussi fabuleux pour créer des personnages bons et généreux sans les rendre lisses pour autant.

Même sentiment de justesse concernant la caméra, dont le regard sobre et précis à la fois, intime sans être voyeuriste, n'hésite pas à laisser le jeu lui-même donner le la et le mouvement. Un travelling serein, un beau plan large... on se remémore bien de chouettes moments de mise en scène et la façon dont ils ont pu épauler les scènes en question, mais ils ne ne sont pas là pour prendre le dessus sur ce que les excellents acteurs ont à nous offrir.

Un bien beau film donc, et au bout de cette course, pas de ligne d'arrivée idiote qui défait les uns pour faire triompher les autres. Plutôt un passage de témoin vers d'autres foulées à adopter, d'autres sentiers à parcourir, d'autres points d'horizon vers lesquels guider ses pas.

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