Blanc... Benoit Blanc.

Avis sur À couteaux tirés

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C'était sympa.

Pour être honnête, je n'y croyais pas vraiment, parce que ce que j'avais vu jusque-là de Rian Johnson était soit nul (Looper) soit odieux (Star Wars 8), mais l'envie de revoir Daniel Craig - dans un premier rôle qui plus est - l'a emporté. Et franchement, il fait plaisir à voir. Un peu empâté et affligé d'un drôle d'accent mais qu'importe, toujours aussi charismatique. Il s'amuse, ça se voit, mais sans en faire des caisses non plus, juste ce qu'il faut.

D'ailleurs, tout le monde est très bien dans ce film, que ce soit la très jolie - et en fait personnage principal - Ana de Armas (que j'ai hâte de revoir aux côtés de Craig dans le prochain Bond) au toujours impérial Christopher Plummer dans ce rôle de patriarche d'une famille timbrée (qui n'est pas sans rappeler celui qu'il tenait dans... Millenium, déjà avec Craig qui menait l'enquête), en passant par Don Johnson, Michael Shannon ou encore Jamie Lee Curtis. Tout ce petit monde tient à merveille son rôle.

Concernant l'intrigue, c'est pas mal. Je pensais que le film serait un whodunit plus "traditionnel" que ça (comprendre par là que l'on ne découvrirait qu'à la fin qui est l'assassin, comme dans tous ceux que j'ai vus/lus), mais en fait non, l'identité de l'assassin ainsi que les circonstances du drame sont révélées au bout d'une heure - ce qui m'a vraiment surpris -, le film embrayant ensuite sur les tenants et les aboutissants de la machination à l'œuvre. Ma culture en matière de whodunits est tout à fait modeste, peut-être est-ce un schéma commun, mais en tout cas j'ai trouvé ça assez malin.

Après, il y a quelques maladresses et idées un peu moisies, comme celle de ce personnage incapable de mentir sans que ça le fasse vomir... en plus d'être vraiment ridicule car beaucoup trop commode d'un point de vue scénaristique, c'est le prétexte à deux trois gags vraiment nuls. Mais bon, rien de nature à gâcher le spectacle, ça reste mineur.

Enfin, je trouve la machination vraiment très complexe (pas dans son propos mais dans son application pratique, parfois vraiment perchée voire improbable), si bien que l'inévitable séquence finale d'explications de la part du détective qui a tout compris m'a semblé un peu indigeste. J'ai saisi le topo, mais voir le détective exposer avec tant d'aplomb un plan aussi improbable, à la manière du Hercule Poirot des grands jours, m'a fait le même effet que lorsque je lis la conclusion d'un roman d'Agatha Christie... c'est trop gros. Je n'arrive pas y croire.

Mais bon, j'ai l'impression c'est un peu l'esprit du genre aussi. Dont acte. Le film reste plaisant.

Séance de questions / réponses avec Rian Johnson :

Et puisque j'étais à l'avant-première et que Rian Johnson a répondu aux questions du public, voilà grosso modo ce que j'en ai retenu - en structurant un peu tout ça :

Ce projet est né dans son esprit il y a une dizaine d'années. Etant un inconditionnel de whodunits, il n'a pas ressenti le besoin de revoir les classiques du genre pour se rafraîchir la mémoire, vu qu'il en regarde en fait en permanence. Et qu'il n'en loupe pas un - dernièrement celui avec Adam Sandler et Jennifer Aniston sorti sur Netflix.

Comme c'est le cas dans les classiques du genre qu'il adore, il tenait beaucoup à avoir un casting all-stars. Qu'à chaque apparition à l'écran d'un nouveau personnage, le public se dise "Waw, c'est David Niven!", "Waw, c'est untel !". C'est d'ailleurs Daniel Craig qui a été le premier acteur à rejoindre le projet, à la suite de quoi tout s'est débloqué très rapidement et plein d'autres acteurs se sont manifestés, parce que tout le monde veut jouer avec Daniel.

Daniel Craig dont le prénom du personnage, Benoit, est celui d'un prof de français que Rian Johnson aimait bien. Quant au nom du personnage, Blanc, cela amusait Johnson de donner à son héros un nom que les Américains auraient du mal à prononcer - comme celui de Poirot.

Le film ressemble d'ailleurs pas mal à du Agatha Christie, une inspiration évidemment assumée par Johnson. Et à un Cluedo.

Rian Johnson a beaucoup aimé l'interprétation de Daniel Craig et n'exclut pas de le retrouver un jour dans un second opus, maintenant que ce dernier en a fini avec le rôle de James Bond. Il verrait bien ce nouveau film commencer avec un Benoit Blanc en vacances aux Caraïbes, où se déroulerait un meurtre.

Certains remarqueront que Joseph Gordon-Levitt apparaît au casting du film, alors qu'on ne l'y voit pas : il fait en fait la voix du policier au tout début. Rian Johnson tient en fait à le caser d'une manière ou d'une autre dans tous ses films, parce qu'il est son porte-bonheur.

Concernant son utilisation des CGI : beaucoup moins nombreux que dans son Star Wars, évidemment, mais pouvant parfois se nicher là où on ne les attend pas : ainsi, pour conserver la surprise du dernier plan (le texte "My house, my rules" visible sur le mug que tient Ana de Armas), les doigts de la main de cette dernière ont été déplacés numériquement sur le plan large précédent, afin de masquer ce texte du mug.

A propos de la fin, enfin : si l'on ne voit pas le personnage de la vieille dehors avec le reste de la famille, c'est bien parce que Marta l'a gardée. Aussi Rian Johnson se plaît-il à les imaginer désormais s'amuser toutes les deux, elles qui, hier encore, étaient invisibles aux yeux de cette famille.

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