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À la merveille par AntoineRA

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J'ai découvert le cinéma de Monsieur Terrence Malick avec son The Tree Of Life que j'avais fortement apprécié. Ce qui m'avait plus, c'était avant tout cette symbolique, ce parallèle presque mystique avec les scènes de contemplation d'une Nature grande, ainsi que la réussite dans le rendu de cette famille des années 50. Ce À La Merveille, j'y allais à reculons, parce qu'il semblait bien plus épuré que son prédécesseur, plus axé romance, ce qui ne me touche pas forcément dans les films.

Dans À La Merveille, la "merveille", ce n'est pas cette œuvre, non, c'est le Mont Saint-Michel, qui n'apparaît pourtant que quelques secondes. Comment dire... cette nouvelle œuvre, très particulière comme toujours, c'est comme si le réalisateur avait tourné l'histoire qu'il voulait raconter entièrement, soit la romance entre le personnage d'Olga Kuryenko et de Ben Affleck, et qu'il s'était retrouvé avec dix heures de film sur les bras. Du coup, il a joué au boucher. Et ce n'est pas totalement faux puisque de nombreux acteurs (Michael Sheen, Jessica Chastain, Rachel Weisz,...) ont été évincé du film après le tournage. Ainsi, le long-métrage est décousu, patchwork de scènes de quelques secondes à quelques minutes, enchaînées sans s'inquiéter de la chronologie, et entrecoupées de plans de cartes postales. Si le film, bien moins mystique, est effectivement plus lisible que son The Tree Of Life - le scénario est extrêmement simple - il est aussi extrêmement mal mis en scène.

En regardant À La Merveille, on a vraiment l'impression que les évènements phares, les actions, ont été amputées, et qu'il nous reste que les conclusions, les conséquences. On sait ce qu'il s'est passé, mais on ne l'a pas vu. Qui plus est, couplé à cette romance, Malick insère l'histoire d'un prêtre qui n'a guère d'influence sur le récit et surtout apparaît très peu, et avec son propre cheminement - deux histoires en un film. L'édition pratiquée est vraiment laborieuse à suivre, et pour les quelques fois qu'on arrive à être pris dans le déroulement, elle nous en sort assez vite en passant du coq à l'âne. Le film est vraiment dans la veine de The Tree Of Life, visuellement surtout, et prend ici davantage l'allure d'une bande-annonce ou d'un spot publicitaire que d'un long-métrage qui a quelque chose à raconter. Pour cause, on retrouve cette tendance de Malick a musicaliser ses œuvres avec de morceaux de musique classiques assez grandioses, mais usés constamment sur des scènes plus qu'ordinaires. Jamais ils ne soulignent de climax (il n'y en a aucun d'ailleurs), et participent plutôt à instaurer un anticlimax stagnant.

Il faut également préciser que Terrence a été avare en dialogues pour le coup, puisqu'il n'y en a quasiment pas. En effet, les principales voix entendues sont des voix off, très douces, calmes, des trois acteurs et sont employées pour faire la narration, pas vraiment des évènements, mais plutôt des pensées et désirs de leurs personnages (Neil, Marina, le Père Quintana). Les intéractions entre les acteurs sont donc pratiquement toutes muettes, et faites au ressenti. Tout est donc assez lent, et vite redondant, fait de regards, de gestes sensuels, de contemplation, de poses dans le paysage... et accroît cette impression d'assister à un clip artistique. Car même si la relation est justement interprétée par les acteurs, elle est tout à fait banale avec ses "je t'aime", "je te hais", "je te pardonne", et n'est rendu singulière que parce qu'elle est passée par les mains de Malick. Parmi les acteurs, celle qui monopolise l'écran est donc Olga Kuryenko, très élégante, jolie et naturelle. Son jeu s'avère juste ; cette femme qui doute de son amant, puis de ses sentiments. Ensuite, il y a Ben Affleck, en homme aimant, cependant il semble constamment dans son monde, et n'es au final pas si présent que ça. À l'instar de Javier Bardem, en prêtre, qui a son histoire à part. Néanmoins, elle n'est pas développée et se contente d'être un surplus qui aurait mérité un film à part entière, qui aurait sans doute été bien plus intéressant avec les questionnements sur la foi.

Par contre, la mise en forme est pratiquement irréprochable. Terrence Malick est un grand réalisateur, et même si certaines de ses œuvres sont ennuyeuses, il a un talent certain pour les visualiser. De l'acabit de ce que nous avait déjà offert The Tree Of Life, le film est beau, poétique par moments, et en serait presque enivrant si son histoire était passionnante. On retrouve cette caméra libertine du réalisateur, qui se balance autour de ses acteurs et s'adapte à leurs mouvements avec une certaine grâce. Il faut dire que Malick donne vie comme personne aux personnages de son film ; il leur insuffle une authenticité. Avec ses gros plans et ses prises de vue légères, il parvient à créer une proximité rarement atteinte dans les films. Même si parfois il se laisse trop de liberté et dérive un peu trop de son sujet (à l'aéroport quand la caméra suit un passager lambda avant de revenir sur le couple). Comme dit plus haut, les scènes des protagonistes son alternées avec des plans fixes sur des paysages, des monuments, des environnements, toujours magnifiques grâce à la photographie parfaite et naturelle de Emmanuel Lubezki. Un vrai travail d'artiste, vraiment, qui fait ressortir toute la subtilité et la pureté du thème qui est l'amour.

Au final, devant ce film, on s’ennuie beaucoup, on baille souvent, et on pique du nez facilement. Terrence Malick s'enferme dans un carcan qui en deviendrait presqu'un genre à part entière comme l'est le cinéma de Michael Bay. À La Merveille est un long-métrage laborieux qui ne va jamais au bout de ses questionnements, et pèche sur le partage de ses émotions, tout en tentant d'élever le tout de façon intellectuelle mais sans jamais parvenir à accrocher le spectateur. Il même par rendre ses personnages insupportables tant on aimerait qu'ils ouvrent la bouche et agissent au lieu de se traîner. Malick se perd dans son art et, surtout, tente de nous raconter une histoire banale qui ne s'y prête pas.

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