A la limite du sermon

Avis sur À la merveille

Avatar Mlle_Nana
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Terrence Malick a toujours été pour moi l'équivalent cinématographique d'un peintre impressionniste. Hormis l'esthétisme irréprochable, c'est la sensation pure, l'intuition, l'émotion qu'il va procurer à la personne qui l'intéresse. Tout en subtilité, il nous peint une impression grâce à une narration décentrée et poétique dont il est le seul maître : en nous montrant des images de la nature pour refléter le paysage intérieur de ses personnages par exemple. Ainsi, malgré une voix off présente pour guider le spectateur, il laisse une certaine part d'interprétation à celui-ci face à ses questionnement métaphysiques.

Si je parle de toutes ces choses, c'est justement parce que je ne les ai pas retrouvées dans ce "A la merveille", un peu trop explicite à mon goût.
Tout d'abord, je n'ai pas accroché avec la forme. Il n'y a pas de rupture : la caméra virevolte accrochant au passage des regards et des pensées verbalisées par la voix off, mais à aucun moment on ne se détache pour prendre de la hauteur par rapport à tout cela. Pas de Genèse cette fois-ci, pas non plus d'images irréelles comme tout droit sorties d'un rêve, on reste ici bien vissé au sol, coincés seulement entre une petite poignée de personnages qui ne parviennent pas à nous surprendre.
Et même sur le fond, pour la première fois, je n'ai pas adhéré. Le message de Terrence Malick sur l'amour est bien trop sombre. Pourtant avec un titre comme "A la Merveille" on est en droit d'attendre une œuvre transcendante, un discours sur l'amour universel, absolu comme jamais on en a vu. Eh bien il n'en est rien du tout. Que ce soit l'amour de Dieu, d'un autre ou d'un enfant, Malick les présentent comme fatalement limités car incapables d'atteindre la fusion parfaite et idéale englobant à la fois les sens et l'âme.
Terrence Malick en philosophe, prophète et apôtre pourquoi pas, mais Terrence Malick en grand pessimiste, ça ne colle définitivement pas.

Malgré tout cela ma note accroche la moyenne parce que "A la merveille" reste un pur bonheur pour les yeux et il faut l'avouer : je suis trop miséricordieuse avec les réalisateurs que j'aime.
Les images sont à coupées le souffle et toujours dotées d'une certaine grâce, même si celle-ci est moins présente que dans son chef-d’œuvre précédant. Il s'en dégage à nouveau beaucoup de poésie mais encore une fois, c'est l'objet même de cette poésie auquel je n'adhère pas.

Après avoir subtilement saisi les concepts de liberté, de nature et même de la vie, il semblerait de toute évidence que l'amour représente un projet trop ambitieux, même pour le Grand Terrence Malick. Si l'on pouvait voir une esquisse de l'Apocalypse dans Les moissons du ciel ou de la Genèse dans The Tree of Life, cela restait tacite et le spectateur non-croyant pouvait tout de même s'y retrouver et tenter sa propre interprétation.
Ici la poésie amoureuse de la Bible est bien trop présente, comme si Malick s'était vu submergé par son sujet au lieu de le maîtriser avec un certain recul et un équilibre parfait comme dans ses précédents films.

Peut-être est-ce dû à une trop grande précipitation ? A un sujet trop ambitieux ?
Qu'importe, même si je ressors de cette expérience déçue, je te pardonne Terrence Malick et je serai bien présente au prochain RDV en 2014, sans faute.

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