Au grand Terrence Malick, la pureté reconnaissante.

Avis sur À la merveille

Avatar Romain Massa
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On ne l’attendait pas de sitôt. Un après l’excellent « Tree of life » récompensée d’une Palme d’Or à Cannes, Terrence Malick revient avec « A la merveille ». Pour un homme qui a fait de la rareté une marque de fabrique, cette exceptionnelle productivité est-elle un coup permettant de surfer sur la vague du succès ou est-ce simplement le fruit d’une géniale inspiration ?
Ben Affleck aurait pu se présenter à l’affiche de ce film sans les Oscars qu’il vient de recevoir à Hollywood, implacablement la donne aurait été la même. La nouvelle curiosité de Terrence Malick vient de sortir et cette nouvelle dépasse les critères rationnels qui nous poussent traditionnellement vers un film ou l’autre.
La raison et les codes il faut les oublier l’espace de deux heures pour ne pas tomber de très haut. Pourtant la trame peut s’avérer classique : Neil (Ben Affleck) et Marina (Olga Kurylenko) vivent au rythme de la passion une histoire qui vient effacer les années perdues où l’un ignorait l’existence de l’autre. Neil en est convaincu, cette femme va l’aimer toute sa vie. Bientôt, tous deux et la fille de dix ans issue du premier mariage de Marina, Tatiana (Tatiana Chiline), embarqueront pour une contrée reculée des Etats-Unis où leur couple va être mis à l’épreuve du réel. Perdu dans cet univers si grand et froid, Marina va se confier au Père Quintana (Javier Bardem), lui-même en quête d’une foi perdue.
A l’heure où le cinéma devient plus un spectacle qu’un art, où il faut d’abord penser à amuser la galerie à coups d’effets spéciaux dithyrambiques et de scènes chocs, Terrence Malick ramène le film à son essence. Inutile donc, d’essayer de nous mettre de la lumière dans les yeux à grand coups de millions, quand les charmes de la nature : un sourire, un regard, des feuilles mortes parsemant une pelouse suffisent à exprimer une émotion. Malick repense le cinéma d’une façon simple et pure, loin des standards de la « société moderne » qui nous trainent inexorablement vers davantage de dérives.
« A la merveille » est un drame, celui de nos vies alliant le splendide au pathétique. Sans superflus avec un sens de la photographie sans pareil et une musicalité enivrante, Terrence Malick nous
conduit dans son monde. Un monde où la construction narrative d’un film n’est plus là-même, un monde où une caresse sur la joue vaut tous les stripteases de l’univers. Le réalisateur américain signe une nouvelle fois, une œuvre poétique nécessaire qui évite les digressions de « Tree of Life » pour nous offrir un rendu beaucoup plus clair. Le style Malick s’affirme et se radicalise dans une obsession à traiter le rapport entre l’homme et la nature. Il nous appartient désormais d’attendre quelques longues années avant de reprendre une nouvelle bouffée d’oxygène dans les salles obscures.

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