La vie qui bascule

Avis sur À perdre la raison

Avatar Brune Platine
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Déjà : le casting.
Emilie Dequenne + Tahar Rahim + Niels Arestrup.
Ai-je vraiment besoin de commenter ? Bon.

Ensuite, l'histoire. Une histoire somme toute assez banale, entre deux amoureux qui font plein de bébés, quoi de plus classique ? Oui mais. Mounir vit chez son père adoptif, André, un généreux médecin qui lui offre un sympathique train de vie dans son grand appartement bruxellois. Et Muriel de s'installer chez Mounir, ou plutôt avec Mounir chez André. Et le couple qui prend racine, avec les enfants qui se multiplient. C'est bizarre mais bon, ne nous formalisons pas : il faut accepter de ne pas tout comprendre dans la psychologie des personnages d'un film.

La brillance du film de Joachim Lafosse tient pour moi à deux éléments : le rôle d'Emilie Dequenne et l'installation très subtile de la tension. Une atmosphère anxiogène et étouffante qui se crée dès les premières minutes sans que nous ne saisissions vraiment son origine, sans qu'il y ait vraiment de raison de ressentir de l'angoisse. Evidemment, ayant souvent vu Niels Arestrup endosser de (magnifiques) rôles d'enfoiré - qui, désolée Niels, mais te vont très bien - je m'attendais à ce que les soucis viennent de lui. Qu'il ait le rôle du méchant, comme toujours.

Et puis en fait, le film est beaucoup plus complexe et subtil que cela et ne nous emmène pas du tout là où on l'aurait cru.

Il nous emmène vers le pire, pourtant. Et ce pire est porté par une extraordinaire (et je pèse mes mots) Emilie Dequenne, dont le lent glissement vers la déraison se lit dans ses tenues (de plus en plus négligées et informes), dans son teint (terne, grisâtre), dans ses yeux bouffis de larmes... J'ai trouvé qu'elle habitait cette Muriel comme jamais. Rien que pour ce rôle : voyez ce film.
Pour comprendre ce que jouer veut dire. Pour voir, lentement, subtilement, s'effacer la frontière entre un acteur et le personnage qu'il incarne.

Je garderai longtemps en tête deux scènes :
- Celle, si émouvante, dans la voiture avec Femmes je vous aime de Julien Clerc
- La scène de fin, un hors-champ absolument incroyable - atroce et bouleversant qui me hantera longtemps.

Un film qui parle de dépression, du spleen qui vous étrangle alors que tout semble aller pour le mieux, que la vie vous offre ce que vous souhaitiez et que les gens vous aiment...

Un film autour de ce tourbillon qui détruit tout, et cette frontière si ténue, ce fil tendu entre la normalité et la folie : un basculement sournois et cruel qui vous métamorphose.

Dur, dramatique, dévastateur : un très grand film.

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