Triangle des béatitudes.

Avis sur À trois on y va

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Jérôme Bonnell semble avoir un souci avec la stabilité du couple : après avoir exploré les fulgurance d’un adultère éphémère dans le très beau Temps de l’aventure, son dernier film propose une nouvelle variation sur l’infidélité, cette fois chez des trentenaires qui doivent décider, une fois pour toute, si l’on va renoncer à la passion en devenant « adultes ».

A trois on y va, comme son titre assez pénible le suggère, est avant tout une comédie là où le Temps de l’aventure s’assumait comme un véritable mélo. Puisqu’on et jeunes et insouciants, jouons : le marivaudage occasionne les situations les plus cocasses sans grand soucis de crédibilité, enchainant les quiproquos, les croisements et les jeux dangereux par l’intrusion de la tierce personne qui fricote avec les deux membres d’un même couple doublement infidèle, donc.

La comédie pourrait être galvaudée, mais elle fonctionne la plupart du temps : par le jeu spontané et frais des comédiens, Anaïs Demoustier en tête, aussi convaincante dans ses élans du cœur et du corps que lorsqu’elle assume, du haut de ses 26 ans, son métier d’avocate. Cette diversité dans sa partition colore son personnage d’une étonnante densité, toujours sur le fil entre la nonchalance et l’authenticité, la fragilité et l’assurance. « Tu es diabolique, toi », lui dit Micha en la voyant les tirer d’affaire. « J’ai aucune envie d’être diabolique, répond-elle. C’est la vie qui est diabolique ». C’est bien là la problématique commune avec Le Temps de l’aventure : confronter les émois incontrôlés à ce que la raison a patiemment établi jusque-là. Les trajets s’entrecroisent, les SMS fusent, l’euphorie monte et le trio se sent aussi vivant dans la transgression qu’honnête dans son rapport à l’autre, quel qu’il soit. Avec un sens rare de l’équilibre, Bonnell émaille sa comédie boulevardière d’échanges intenses où les protagonistes tentent, en toute bonne foi, de vivre en adéquation avec leurs sentiments a priori contradictoires. Et ça fonctionne. Puisqu’on croit en leurs failles, l’acmé d’un triangle amoureux assumé semble crédible, et le dénouement, surprenant a priori, s’inscrit dans une logique annoncée dès le départ au vu de l’engagement de chaque personnage.

Touchant, amusant, authentique, A trois on y va relève un défi de plus en plus titanesque : revivifier une formule éculée par l’honnêteté du regard qu’on y propose. Avoir pensé à intégrer une chanson du sublime Richard Hawley sur un trajet en voiture y contribue fortement.

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